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Ma palme d'or

Avis sur Under the Silver Lake

Avatar Headrest
Critique publiée par le

Un film à l'image de Pulp Fiction et qui aurait dû avoir sa palme d'or. Riche, complexe, barré, controversé, pas politique et remettant constamment en question le médium cinématographique.

Under the Silver Lake livre le portrait d'une jeunesse perdue avec pour unique repère la pop culture du 20 ème siècle, réalisé par des jeunes sur des jeunes mais pas forcément que pour des jeunes, même si durant la séance énormément de vieux ont quittés la salle, ont été sur leur téléphone et ont carrément ronflé mais quand un film dérange la vieille génération, c'est qu'il est voué à être repris par la nouvelle et être culte ? Je ne sais pas et j'espère qu'il le sera car cela va être dur à l'ère d'une génération de super films noyés dans les blockbusters superhéroïques.

David Robert Mitchell livre dans son troisième film, quelque chose d'une ambition incroyable et d'une passion immesurable. Constamment dans la citation, l'allusion et la reprise ; le réalisateur réécrit le cinéma en n'oubliant pas ce qui a été fait avant et s'en sert de tremplin pour se propulser vers une proposition de cinéma dantesque et originale !

Un jeune branleur, ne payant pas son loyer et faisant croire à sa mère qu'il travaille, passe sa journée à ne rien branler. Il observe ses voisines, lit des magazines, regarde des films, joue aux jeux-vidéos et baise son amie passant entre temps des castings de films de cul. Il va se retrouver, à la fois pour et contre sa volonté, à la recherche d'une de ses voisines, une jeune blonde aux yeux bleus habillée en blanc tel un cygne qu'il n'a pas pu baiser et qui a disparue.

S'ensuit ensuite une enquête mythique, burlesque, surréaliste, dingue et surprenante dans un Los Angeles moderne qui ne vit que par les images, les faux semblants et l'héritage cinématographique qui lui donne cette aura si particulière. Sexe, meurtres, fusillades, complot, sang, révélations, soirées, alcools, drogues et jolies filles sont au rendez-vous.

En plus d'une réalisation qui souligne constamment un scénario qui va toujours plus loin dans le délire, elle propose une esthétique étincelante et un montage qui ne perd à aucun moment une once de rythme. DRM ne se refuse rien et réussit à ne jamais décevoir son spectateur averti car il arrive à clôturer sa trame principale mais ne révèle jamais tous les secrets de son long-métrage. Le spectateur, une fois le film terminé, se mettra donc à la recherche de tous les indices et répondra lui-même aux questions sans réponses comme le personnage principal du film. Le film nous pose un grand message : "Soyons détectives".

En plus de faire renaître le genre du film noir en proposant un film néo-noir qui va toujours plus loin dans la spirale infernale et le labyrinthe tant urbain que métaphysique, le réalisateur offre une véritable lettre de noblesse au cinéma de genre.

C'est l'heure de comparer le film à d'autres oeuvres, que personne ne se privera de faire, avec notamment l'inspiration lynchéenne. Que ce soit par le style lynchéen qui sculpte les perversités de l'humain, l'horreur onirique et le rêve éveillé.
On est face à un mélange de Mulholland Drive où une expérience cinéma ne suffit pas pour extraire et comprendre toute la richesse, il faut avoir le film chez soi et se balader dans le film à coup de pauses, de retours en arrière et en avant, de ralentis voire d'accélérés.
Ainsi qu'un mélange de Twin Peaks saison 3, où d'ailleurs un des acteurs est présent dans le film, dans sa manière constante de ne pas répondre aux carcans classiques du scénario.

La caméra explose en suivant son personnage, on a vraiment l'impression que c'est le personnage qui guide le réalisateur et le spectateur, et non l'inverse. Si un problème doit arriver, il arrivera. Mitchell aussi, à la manière d'un symboliste, va chercher le monde caché du quotidien. Il détourne aussi le genre policier en l'adaptant aux modernités avec Google Maps qui ne révèle pas un certain lieu, les caméras de surveillance, la réactivité de la police réagissant de plus en plus grâce aux progrès de la science mais qui là se retrouve aussi bloquée face à tant de mystères et de folies. Les petits détails incongrus se transforment très souvent en clés de voutes improbables.

Il y a encore énormément de choses à dire sur ce film, comme par exemple les mouvements de caméra ou bien la musique, mais cela serait trop long et à la fois significatif d'un film inépuisable, d'un film qui ne cesse jamais de créer des images impossibles et qui en plus, avec de petits faux raccords dans le mouvement, n'est pas littéralement parfait donc provoque un maximum d'émotions pour rester totalement ancré dans nos mémoires. J'envie ceux qui le découvriront pour la première fois dès cet été.

Critique à chaud écrite le 17 mai 2018 en plein festival de Cannes. Coquilles corrigées après coup.

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