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Obsession cauchemardesque

Avis sur Under the Silver Lake

Avatar Lucie Briand
Critique publiée par le

Il y a maintenant 4 ans, sortait sur nos écrans It Follows, très bon thriller horrifique, qui sous ses apparences de film d’horreur lambda, se révélait être un film captivant, proposant des réflexions intéressantes sur l’adolescence et la sexualité. David Robert Mitchell nous revient cette fois-ci avec un film aussi étrange qu’intriguant : Under The Silver Lake.

Le film nous narre donc l’histoire de Sam (joué par un excellent Andrew Garfield), jeune trentenaire, pauvre et solitaire qui vit dans un modeste appartement dans un Los Angeles déroutant, attendant de trouver un sens à son existence. Un jour, il fait la rencontre d’une jeune fille, Sarah, énigmatique voisine qui disparait peu de temps après. En effet, Sam découvre son appartement complètement vide le lendemain de leur rencontre. Commence alors pour le jeune homme une enquête effrayante et inquiétante qui l’entrainera dans les méandres d’un Los Angeles cauchemardesque.

Difficile après un unique visionnage de donner une analyse détaillée et réellement représentative de mon avis, du fait de la richesse incroyable et des nombreux détails dont le film regorge. Car Under The Silver Lake, bien au-delà d’un simple film, est un ovni cinématographique, dont les nombreux codes et références, parsemés un peu partout au fil des scènes, nécessitent plusieurs visionnages pour en comprendre tous les tenants et aboutissants.

Dès les premières minutes, le spectateur est directement plongé dans l’univers à la fois burlesque et obscur d’un LA hallucinant. Il est assez aisé de constater la forte influence qu’emprunte David Robert Mitchell au 7ème art de manière général (en empruntant les codes d’une multitude de films, de réalisateurs, de genres ou de compositeurs). Ainsi, impossible de ne pas ressentir l’inspiration du cinéma d’Hitchcock qui impute au film un côté très « polar noir ». La musique très 50’s, les zooms rapides ou les nombreux fondus nous rappellent l’âge d’or hollywoodien et servent ici à donner au film un aspect intemporel et hors du temps. En effet, l’histoire se situe de nos jours, mais la prépondérance de références "fifties" donne au film un côté très imaginaire et fantasmagorique. A noter que la musique, à la fois envoûtante et angoissante par moment, rappelle les mélodies de vieux films des années 50, accentuant cet effet d’irréalisme perpétuel.

Under the Silver Lake est avant tout un film totalement atypique dans le paysage cinématographique actuel, d’où un univers extrêmement codé en ressort en permanence (il n’y a qu’à regarder l’affiche de plus près pour se rendre compte de la multitude d’indices qui s’y trouvent). Ainsi, il n’est pas sans rappeler un certain David Lynch, que ce soit d’un point de vue de mise en scène (assez mystérieuse et abrupt) ou d’un point de vue scénaristique (on en décèle quelques similitudes avec l’excellent Mulholland Drive). L’influence du cinéma de Lynch se ressent ainsi dans de nombreux plans. Des plans majoritairement dérangeant, complexes dans leurs compréhensions et dans leurs liens existant avec l’histoire mais qui, une fois rattachés ensemble, permettent de mieux comprendre le récit et ses sous intrigues (même s’il faut bien avouer que la prépondérance des codes et références peuvent perdre le spectateur par moment). Ce côté « Lynchien » se révèle par une étrangeté et un décalage dans de nombreuses situations et qui donne un aspect si atypique et particulier au film. Malgré ces nombreuses influences très palpables, David Robert Mitchell ne se complet pas dans celles-ci. En effet, il réussit à les dépasser et à créer son propre style et, d’une certaine manière, sa propre vision cinématographique d’où découle un univers riche en références à la pop culture.

Cette pop culture qui, au-delà d’être rejetée en simple clin d’œil futile et nostalgique, sert ici réellement le propos du film et participe au développement de l’histoire et à celui du personnage de Sam. En effet, le protagoniste principal se retrouve à chercher des références plus ou moins crédibles dans chaque musique ou magazine, allant jusqu’à scruter son paquet de céréales. Cependant, cette pop culture porteuse de sens dans le récit, est également remise en cause et le film tend à nous dépeindre les dérives de la société actuelle, interrogeant le spectateur sur ses raisons d’être de cette culture et de l’impact qu’elle peut avoir (en rapport avec les nouvelles technologies ou les théories complotistes qui fleurissent de plus en plus sur internet par exemple).

Le film est également ambivalent dans sa construction narrative. On ressent durant une partie du film une ambiance très loufoque, insensée et même irréelle dans certaines scènes. Cette atmosphère se contraste avec le réalisme et le sérieux des sujets abordés, ainsi que des messages délivrés qui crée donc un certain décalage et participe à l’étrangeté et au caractère atypique du long-métrage. Associé à cela, le film ne se range pas dans un genre cinématographique précis, mais alterne les différents styles pour appuyer son propos et donner au film cet aspect très fantastique.

A noter que l’intrigue du film se distingue par son allure labyrinthique. Ainsi, elle nous perd, nous balade entre grotte lugubre et étroite, villas « bling bling » ou l’alcool coule à flot et appartement miteux. Cette plongée dans un Los Angeles irréaliste s’accentue par le rythme du film et son tempo tantôt lent, tantôt rapide. En outre, le métrage oscille entre des scènes qui entraine le spectateur dans cette sensation de rêve constant (notamment par l’utilisation des plans séquences) et des scènes qui viennent briser l’ambiance et l’atmosphère plutôt calme (par l’utilisation de zooms et une musique puissante et angoissante).

En somme, Under The Silver Lake est un de ses films à part, difficile à résumer et à définir : est-ce un thriller ? un film d’horreur ? un polar ? une comédie loufoque ? La force du film réside en ce sens, car Under The Silver Lake est tout à la fois.
Audacieux, déstabilisant, marquant, dérangeant ou énigmatique, ce qui est sûr, c’est qu’il ne laissera pas indifférent.

(Une critique disponible ici : https://lanouvelleadr.blogspot.com/)

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