Plongée dans un L.A. mythologique

Avis sur Under the Silver Lake

Avatar Rémi Mazenod
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4 ans après le succès surprise d'It Follows, David Robert Mitchell (DRM) revient confirmer les espoirs placés en lui avec Under the Silver Lake (UTSL), présenté en compétition à Cannes. C'est dire si son premier film, en dépit de ses imperfections, aura marqué les esprits.

Quittons donc le Detroit d'It Follows pour rejoindre le Los Angeles/Hollywood d'UTSL. Si je fais cette précision, c'est bien parce que dans les deux cas, DRM exploite au maximum la puissance d’évocation de ses lieux de tournages. A l'exception près qu'UTSL s'apparente presque à un film sur Hollywood, là où Detroit occupait plus le rôle de décor.

Mais qu'est-ce qu'UTSL, en fait ? Un thriller paranoiaque/complotiste avec des touches de fantastique au doux parfum de néo-noir. Oui, rien que ça. Le truc le plus proche que l'on puisse trouver est Mulholland Drive mais en moins cryptique. Là où David Lynch focalisait son attention sur la machine à rêve hollywoodienne et sur les chimères qu'elle pouvait générer, DRM va élargir son point de vue à l'ensemble de la culture pop. Malgré ça, son L.A. n'en est pas moins une vision quasi-parodique dont les contours sont ceux dessinés par Hollywood, avec des touches mythologiques qui rajoutent un cachet mystique à cet univers (les SDF, la Owl Lady, etc...). Les références cinématographiques sont nombreuses, autant au niveau de la mise en scène (Vertigo, Something's got to give, les extraits de film...) qu'au niveau de la bande son de Disasterpiece, très inspirée du travail de Bernard Hermann (Vertigo, toujours). En ressort une mise en abyme plutôt ludique du cinéma, avec des incohérences, des trous scénaristiques, qui s'ils sont volontaires, n'en sont pas moins franchement frustrant...

Le tout semble se marier pour former la perception des événements du personnage principal, lui qui a grandi dans un bouillon de pop culture, mélange de musiques, jeux vidéo et films évidemment. Un peu à la manière de Mulholland Drive, encore, dans sa première partie, même si dans le cas qui nous intéresse, la frontière entre fantasme et réalité est autrement plus imperceptible, pour ne pas dire inexistante. Nous sommes donc face à un personnage persuadé que notre environnement est codé, que toute oeuvre cache un sens, qui part dans une quête de vérité. La conclusion, je vous laisse le plaisir de la découvrir, mais je la trouve en dissonance avec ce qu'est le film. Je n'en dis pas plus.

Ressort au final un sentiment semblable à ce que donnait It Follows : c'est diablement intéressant, très typé, servi par de bons acteurs, mais il existe encore des coquilles qui font grincer des dents. Cet univers fantasmé très référencé le rapproche inévitablement de Lynch mais l'intrigue au final très satirique contre culture pop le cousinerait presque avec un épisode de GTA. C'est d'ailleurs la réflexion que je me suis fait en sortant de la salle : "ça ferait une super quête annexe dans GTA 5."

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