Underground NY : Films from the Underground

Avis sur Underground New York

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[Texte tiré du livret d'Underground New York, écrit par Scott Hammen.
Initialement publié sur le blog des éditions Re:Voir]

Gideon Bachmann, cinéaste, journaliste et homme de radio, est né en 1927 près de Stuttgart, en Allemagne. Avec sa famille, il émigre en 1936 dans ce qui est alors la Palestine. Il vit brièvement à Prague puis émigre aux Etats-Unis en 1948. En 1952, il s’inscrit au cours de Hans Richter au City College of New York.

En 1967, la ZDF – la télévision publique allemande – le mandate pour révéler les dessous du sulfureux « underground new-yorkais ». Bachmann en profite pour renouer avec certains de ses anciens camarades de classe du City College. Son étude donnera vie à ce documentaire, où il " explore l'épicentre de la révolution artistique, musicale, poétique et cinématographique des sixties, en interviewant les principaux acteurs du New American Cinema né dans les rues de New York ".

Bachmann est allé à la rencontre du New American Cinema Group, fondé en 1960 par Shirley Clarke et Jonas Mekas. Celui-ci essayait de combattre le cinéma officiel qui dans le monde entier était en train de s'essouffler (" Sa morale est corrompue, son esthétique obsolète, sa thématique superficielle et son tempérament ennuyeux. ")

Shirley Clarke était en pleine étude du bouleversement culturel à l'oeuvre dans son pays, et exprimait son besoin d'être au centre de celui-ci : " ne pas simplement faire des films, mais vivre l'action des films ".

Jonas Mekas reste quant à lui, malgré le ton combattif de ses écrits polémiques, un cinéaste tendre et lyrique, et on le voit dans Underground New York s'approprier l'espace de ses "journaux filmés" d'une main légère, et avec un regard nouveau.

Gideon Bachmann se dirige ensuite vers le Bronx pour nous faire rencontrer les frères Mike et Goerge Kuchar, qui depuis leur plus tendre enfance sont obsédés par le sensationnalisme criard des films à petit budget qui composent les doubles programmes des cinémas du Bronx. Ils n’auront donc de cesse de recruter famille et amis pour tenter de recréer l’énergie hystérique avec laquelle les films hollywoodiens de série B cherchent à concurrencer le raffinement de leurs homologues à gros budget.

On rencontre Bruce Conner, sa production filmique autant que plastique, et sa sérénité naturelle. Conner fut en effet un artiste visuel prolifique dans de nombreux autres domaines (peinture, dessin, impression, collage, assemblage et sculpture), habitué de ce fait au système de diffusion des galeries et des musées.

Underground New York, dans sa deuxième partie, donne au spectateur un aperçu aguicheur de ce que les médias de masse ont toujours soupçonné être la véritable nature du cinéma « underground » -de la pornographie soft sous un voile transparent de pseudo-philosophie- avec les tournages de Carl Linder et Maurice Amar. Quel que soit le caractère outrageant de ces séquences, ces dernières rappellent utilement que la confusion délibérée entre le cinéma « underground » et la pornographie était en réalité une stratégie marketing consciente, visant à attirer le spectateur aux projections des films.

Une autre incursion en dehors de Manhattan emmène l’équipe de Bachmann à Rockland County, dans l’État de New York, où le poète et artiste Gerd Stern a fait d’une vieille église le domicile et le studio de sa communauté d’artistes visuels, l’USCO (« The Company of Us »). Mettant en pratique les idées du théoricien des médias Marshall McLuhan, le groupe emploie une multitude d’appareils – stroboscopes, projecteurs et matériel audio – pour créer des performances multimédia.

"Last but not the least", Gideon Bachmann nous emmène à la Factory d'Andy Warhol, où l'on assiste à une interview absolument incroyable et inédite du maître du faux-semblant. L’interview de célébrités était pour Warhol un médium en tant que tel, et il le maîtrisait avec la même assurance que les autres médias – peinture, photographie, sérigraphie, cinéma... Peu de temps après l’interview de Bachmann, il fondera Interview, magazine entièrement consacré aux interviews de célébrités. Cette parution connaîtra, comme pratiquement toutes les tentatives de Warhol, un énorme succès.

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