Vingt mille cauchemars sous les mers

Avis sur Underwater

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Les influences extérieures sont visibles, d’autant plus visibles qu’elles font écho à des œuvres définies aujourd’hui comme des dates dans l’Histoire du cinéma : nous pensons à Alien, à The Abyss et aux récits de Lovecraft dont l’univers a déjà connu bon nombre d’adaptations sur grand écran (Dagon par exemple). Car si Underwater a un mérite, c’est celui d’attester la prégnance de ces modèles du genre dans l’inconscient collectif et la difficulté à s’en affranchir pour réinventer ledit genre, à repenser le geste artistique pour en tirer autre chose. Telle n’est pas l’ambition de William Eubank qui semble chercher avant tout l’efficacité : son film s’ouvre et attrape le spectateur pour ne plus le lâcher ensuite, à la manière des créatures qu’il met en scène. La caméra colle au corps et au visage des protagonistes, ne propose que peu de plans d’ensemble si bien qu’elle participe à l’élaboration d’un climat anxiogène qui fonctionne vraiment bien et que la musique vient amplifier.

Nous errons dans l’obscurité, nous butons contre de vieilles machines obsolètes, constamment sur nos gardes, conscients qu’une sale bête peut à tout instant débouler et causer du tort. C’est grouillant, c’est poisseux, et on nous y plonge tête baissée jusqu’au générique de fin. Là réside la principale valeur du long-métrage, sa propension à imposer une esthétique du choc qui ne cède jamais au remplissage conventionnel du temps et de l’espace par des dialogues démonstratifs – heureusement car ses dialogues s’avèrent plutôt médiocres. Les personnages se connaissent et n’ont donc pas à se présenter artificiellement : leur profondeur émotionnelle trouve à s’exprimer en situation, lorsque le danger se présente ou que la mort intervient. On regrettera néanmoins la trajectoire linéaire déjà vue et revue, aggravée par la sexualisation excessive et malvenue de Norah Price – interprétée par Kristen Stewart. Le fait de mettre l’entièreté du casting en sous-vêtements et la nécessité dramatique qu’exigent les combinaisons n’enlèvent pourtant pas la fétichisation du corps de Stewart, un corps aux cheveux rasés, à la poitrine compressée, aux pieds nus arpentant les vaisseaux, corps qui aurait dû passer inaperçu si la caméra avait su (ou voulu) prendre la distance nécessaire et refuser véritablement la sexualisation. En outre, le sous-texte mythologique ne fonctionne guère et paraît se résoudre bien lâchement, simple prétexte au déballage d’enjeux féministes et écologistes poussifs.

Ce n’est donc pas pour son propos qu’il convient de regarder Underwater, mais davantage pour la vision cauchemardesque qu’il livre, elle pleinement réussie.

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