"Sans blague"

Avis sur Une femme est une femme

Avatar Emilie Rosier
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Paris, 1961: Angela désire avoir un enfant, ce que personne ne veut lui faire : pas Emile, son compagnon, ni Alfred, qui lui fait la cour, ni même les passant qu'Emile ne manque pas d'apostropher dans la rue.

Véritable réflexion sur le couple et la femme ou simple prétexte autour duquel Godard va tisser son monde cinématographique? Peu importe au fond, puisque ce film emballe par la musique, les couleurs, les plans et un humour ludique.

Tout dans ce film est proprement enjoué. La musique d'abord : saccadée et égrenant des notes à l'ouverture ou accompagnant Angela dans son numéro, elle qui dit rêver de comédie musicale. Elle donne au film son rythme, elle en est la colonne vertébrale. Michel Legrand enchante les mots de Godard avec une musique jazzy et cohérente.

Anna Karina, ensuite : elle incarne merveilleusement cette femme passionnée et désireuse d'un enfant : à la fois légère (elle est strip-teaseuse) et boudeuse, mais aussi volontaire et émancipée (elle contribue largement au budget du foyer). Il y a aussi sa manière enfantine de vivre, toujours propice à enchanter la trivialité du quotidien, notamment quand il s'agit de cuire un œuf sur le plat.

Enfin, l'humour est omniprésent : il est à la fois absurde - Alfred note tout ce qu'il fait dans un carnet - ; intellectuel - communiquer par l'intermédiaire de livres - ; de répétition - le "sans blague" d'Angela lancé à l'envi. Il donne au film une rondeur, un équilibre entre la tragédie et la comédie.

Une femme est une femme est un écrin dans lequel se trouve le matériel godardien : des adresses directes à la caméra, des projections de couleurs bleue, rouge, jaune et des références artistiques. Il pourrait être un film annonciateur du Mépris (1963), de part ses clins d’œil prémonitoires : l'énumération des parties du corps aimées, le sentiment de mépris invoqué par Angela envers Emile.

Un film enjoué donc, qui se joue de nos désirs inassouvis et de nos malheurs.

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