L'enfer c'est les autres

Avis sur Une femme sous influence

Avatar Palatina
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L'enfer c'est les autres. Hier soir j'écoutais de l'opéra. Soirée tranquille. J'ai laissé les enfants à ma mère. J'ai bu aussi. Un peu. Beaucoup en fait. On avait prévu un dîner en amoureux avec mon Nick. Qu'il est gentil. Il m'a appelé. Il a été retenu sur son chantier. Une urgence. Je n'en peux plus. Je me sentais seule. Proute, je vais dans un bar. Là je rencontre un homme, il me paye un bourbon. Je le ramène à la maison. Quelle conne. Je me suis réveillée. Puis il est parti. J'ai pris une douche. Est-ce que les enfants vont bien ? Nick est revenu dans la matinée avec ses collègues. Je leur ai fait des spaghettis. Ils ont blagué les gaillards, puis chantonné des airs d'opéra. Je crois que j'ai mis mal-à-l'aise l'un d'eux. Je ne sais pas pourquoi ils réagissent comme ça les gens. Je suis peut être "hors-norme" comme ils disent. C'était pas méchant. Je suis spontanée moi. J'aime rigoler. J'ai voulu danser. Je me suis fait remballer par Nick. Il a pourtant dit, "Mabel est fragile et sensible. Elle n'est pas cinglée, elle est différente". La honte. Tant pis. Les enfants sont là ! Ils doivent partir à l'école. Je me suis encore engueulé avec mon Nick. Je l'aime. J'en peux plus. J'aime mes enfants. Banane. J'ai insulté des passantes sur le chemin de l'école. Elles voulaient même pas me donner l'heure les salopes. Les gens sont bizarres. Ou je suis peut être bizarre. Ou les deux. Mon fils m'a dit que j'étais intelligente, jolie et nerveuse. Nick m'a fait interner. Suis-je folle ? J'en ai pas l'impression. Je suis une femme nerveuse et spontanée. Je vois déjà la réunion de famille après l'internement. Ils vont me regarder comme un animal. Je ne saurai pas quoi dire, quoi faire. J'essaierai d'être normale. Heureusement il y a mon Nick. L'enfer c'est les autres.
Mabel

Voir le personnage de Mabel, interprété par une Gena Rowlands absolument formidable, anti-conformiste mais enfermée dans un cliché ridicule de tenue raisonnable, et tentée de refréner sa spontanéité extravagante est certainement l’une des images les plus puissamment tristes et révoltées que nous ait offert John Cassavetes. Ce dernier capture de simples scènes du quotidien, de la vie de couple, comme pour mieux décrypter les détresses de Mabel et Nick, avec un excellent Peter Falk, tendre et impulsif. Le cadrage sur le visage de Mabel, ses grimaces, ses rictus, fait transparaître une spontanéité rare, et ses rapports avec les autres retranscrivent une gêne perceptible. Au final, il n’est pas certain que Cassavetes adhère au besoin de Mabel de se replier pour se protéger d’un monde à l’hostilité douce, pernicieuse, nichée dans les conventions censées harmoniser les rapports humains. Toujours est-il qu’il capte dans l'angoisse de cette femme sous influence un peu d’un malaise contemporain, celui d'une société enfermée dans des carcans strictement définis.

Instable psychologiquement, ne croyez pas que Mabel est folle, elle est juste différente.

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