Ça Palace et ça casse

Avis sur Une jeunesse dorée

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Les années Palace, de 1978 à 1983, furent celles de la flamboyance, de l’insouciance, de la décadence chic et mondaine concentrée sur un bout de trottoir de la rue du Faubourg Montmartre. Eva Ionesco a bien connu ces années-là, elle l’enfant-artiste qu’une célèbre mère photographe mis en scène dans des clichés à tendances pédopornographiques (c’est ce qu’elle raconta dans My little princess), fricotant alors avec Pacadis, Louboutin, Edwige Belmore et toute une faune interlope et bigarrée ne cherchant qu’à s’amuser au-delà des conventions sociales. Après son enfance, Ionesco met ainsi en scène son adolescence. Celle d’une fille de la DDASS pas encore majeure, éprise d’un jeune peintre et d’une liberté qu’elle découvrait alors au hasard des soirées du Palace, ouvertes sur tant de possibles.

Son histoire, entre réel et fiction, est donc celle d’un jeune couple bohème, Rose et Michel, rencontrant un couple de vieux libertins, Lucille et Robert, sur fond de fêtes pailletées et de chassés-croisés amoureux. Cette histoire est une histoire d’initiation à l’irrévérence, d’éducation sentimentale, d’une génération (et d’une époque) perdue. Et cette histoire-là s’avérait passionnante et tumultueuse, intrigante aussi. Mais le résultat n’est qu’une sorte de fumisterie qui voudrait se donner des airs : rien ne fonctionne, rien n’émeut, tout fait creux, tout est loupé. L’écueil principal du film réside dans ses dialogues mal écrits et qui sonnent terriblement faux (personne ne s’en est rendu compte au moment du tournage ?), constat plus qu’évident dans plusieurs scènes qui frôlent souvent l’amateurisme, voire le ridicule.

Parce qu’en plus d’être écrit n’importe comment, c’est joué n’importe comment. Lukas Ionesco et Galatéa Bellugi, consternants d’inexactitude et de charisme mou (et pourtant éblouissants chacun dans leur premier rôle, lui dans The smell of us, elle dans Keeper et L’apparition), récitent leur texte (mauvais il est vrai) sans la moindre fièvre ni la moindre envie. Isabelle Huppert, elle, "huppérise" comme d’habitude, et il n’y a bien que Melvil Poupaud qui s’en sort avec les honneurs dans le rôle d’Hubert, dandy opiomane et blasé. La direction artistique tire elle aussi le film vers le haut, mais c’est une maigre consolation face à tant d’indigence et un scénario qui finit par traîner en longueur, nous laissant totalement indifférent au destin des deux amants (le théâtre pour elle, la peinture pour lui) ivres encore d’une jeunesse sans-souci.

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