Plongée dans l’Amérique profonde classique mais aux actrices épatantes et la mise en scène inspirée.

Avis sur Une ode américaine

Avatar Rémy Fiers
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On n’attendait pas Ron Howard dans ce type de chronique très marquée ciné indépendant américain. En effet, le monsieur est davantage connu pour ces grosses productions telles que « Da Vinci Code », « Appolo 13 » ou le dernier spin-off de « Star Wars » sur Han Solo. Honnête faiseur qui écume Hollywood depuis bientôt quarante ans, il est aussi l’auteur de films un peu plus intimes et très réussis tels que « Rush » ou « Au cœur de l’océan ». Il semble que le monsieur ait voulu retrouver vers un cinéma plus libre des contraintes de studios en travaillant sur l’adaptation de ce best-seller autobiographique de J.D. Vance. Mais il semblerait qu’il ait en ligne de mire les Oscars - et les récompenses en général - qu’il n’avait plus fréquenté depuis la razzia de « Un homme d’exception » il y a près de vingt ans. Avec « Une ode américaine » on plonge dans une famille dysfonctionnelle et pauvre de l’Amérique profonde et avec la notion de déterminisme social qui irrigue tout le long-métrage.

En effet, on suit les jeunes années de J.D. par le biais d’un montage alterné pas forcément utile ni efficace. D’un côté on assiste à des bribes de son enfance/adolescence entre le Kentucky et l’Ohio profonds où il doit conjuguer avec l’absence du père, une famille pauvre, une mère bipolaire et toxique et une grand-mère aimante mais autoritaire. De l’autre, sa vie d’étudiant à Yale où il tente de se construire un avenir, loin de ces origines rednecks, mais que son passé tente de rattraper. La saga familiale puissante et mémorable attendue n’est pas au rendez-vous mais « Une ode américaine » développe assez de charme pour être à la fois plaisant et satisfaisant. Howard a du métier derrière la caméra et il plaque quelques effets de ses mises en scènes de grosses productions sur ce petit drame, ce qui lui conféré un certain style sans pour autant rendre la réalisation inadéquate ou ostentatoire. Amy Adams et Glenn Close font ce qu’on attend d’elles grâce à des compositions extrêmes faisant clairement de l’œil à l’Académie des Oscars. Postiches, prise de poids, visage au naturel ou enlaidi et accent du cru pour des compositions bigger than life clairement irréprochables quoiqu’un manquant de naturel et un peu forcées. Ces deux qualités font néanmoins le sel du long-métrage.

Mais l’impression d’avoir déjà vu ce genre de chronique familiale, destinée à rendre la vie des ploucs exotiques pour une certaine catégorie de spectateurs, a déjà été vue maintes fois avec plus ou moins de brio mais surtout des références plus qualitatives (de « The Fighter » à « Killer Joe » en passant par « Les Brasiers de la colère » pour ne citer que les plus récents). Le héros incarné par Gabriel Dano manque de charisme et de force de jeu, son côté fade n’aide pas face à des compositions monstres comme celles de ses partenaires. On attendait également quelque chose de plus politisé en filigrane, notamment au vu du contexte actuel, et cette immersion dans l’Amérique des laissés pour compte manque de sous-texte(s). Finalement ce mélange entre drame et récit d’apprentissage (et d’échappatoire à sa condition) est assez captivant et distrayant, parfois émouvant, mais ne restera pas dans les annales. La peinture de ce milieu social est connue et même s’il adapte un roman, Ron Howard aurait pu y apporter plus de densité et de personnalité.

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