Une séparation : Une question de vie ou de mort ?

Avis sur Une séparation

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Le film prend aux tripes et me semble très intéressant pour une meilleure relation avec soi-même et avec l’autre et aussi pour ceux qui vivent ou ont vécu des divorces, en tant que parent ou enfant. Chaque personnage-clé nous parle comme si on les avait rencontrés ou voulu les rencontrer : chacun semble pris aux entrailles dans une vie qui ne nous est pas aussi étrangère que cela. Et plusieurs thèmes de la vie « ordinaire » sont abordés : la fidélité à ses valeurs, la famille, la responsabilité, la relation à l’autre et le regard sur l’autre, la vérité, le jugement, la justice, le pardon… Mais, la question de la place de la séparation dans notre vie et de ce dont il faut se séparer pour notre croissance personnelle me paraît centrale.

Voici mon analyse plus détaillée du film, analyse qui, sans dévoiler l'histoire du film (qui se passe au pays du voile, lol), peut aider à apprécier le film avant ou après l'avoir vu.

Le fil rouge du film est la séparation d’un couple, parents d’une adolescente, racontée comme un thriller qui fait frémir les entrailles comme l'engagement, la passion, lorsque la vie et la mort sont en jeu. Il nous plonge dans une enquête complexe sur ce qu’il faut garder et ce dont il faut se séparer dans notre vie, dans notre humanité de tous les jours. Il expose quelques-unes des difficultés à choisir et les contradictions, les divisions qui nous habitent. C’est encore moins simple de décider quand on sait que personne ne décide seul, que tout bouge et que les enjeux sont importants. Le film est à l’image du questionnement vécu, de la tension vécue lors de toutes les séparations majeures auxquelles la vie nous confronte, aux choix décisifs que nous devons faire pour vivre et grandir.

En fait, le film ne parle pas que d’une seule séparation, mais d’une séparation parmi d’autres. Même les personnages semblent à la fois ensemble et séparés les uns des autres. Plusieurs séparations sont évoquées : séparation des rôles de l’homme et de la femme par des lois religieuses, juge qui cherche à séparer le vrai et le faux, garder ou se séparer d’un employé ou d’un parent mort-vivant, être fidèle à Dieu ou se séparer de Dieu, protection de l’enfant ou son apprentissage de l’autonomie, intérêt personnel ou intérêt collectif…

Dans le film, la séparation emblématique est la séparation entre les parents et leur adolescente. Si le film commence en gros plan sur les parents (l’adolescente est évoquée mais n’apparaît pas à l’écran), la fin est centrée sur leur enfant, l’adolescente qui a grandi, qui est à l’âge de la séparation avec l’état d’enfance quasi-fusionnel avec les parents. La relation parents-enfant (relation dans la séparation) me semble cruciale même si, dans le film comme dans la vie, elle peut sembler noyée dans d’autres histoires comme autant de soucis quotidiens et d’interdépendances avec la vie qui nous entoure. Cette relation parents-enfant est d’autant plus centrale qu’elle est comme un reflet de ce que l’individu, au sens universel, accorde comme place, comme importance à sa propre naissance, sa propre enfance, sa propre jeunesse, son être, son origine et son but.

Dans le film, les parents tiennent des rôles différents comme autant de points de vue différents sur ce qu’il convient de faire avec l’enfant. Un parent soumet son enfant à sa propre ambition, à son orgueil (ou à sa blessure narcissique). Un autre enfermé dans ses propres difficultés et obéissances n’accorde pas de véritable place à l’enfant, voire même se tue sous le fardeau et son enfant avec lui. Cette relation du parent à l’enfant n’est-elle pas à l’image de notre relation avec nous-mêmes quand nous étions enfant et avec le vivant en nous-même ? Nos orgueils, nos replis sur soi et nos soumissions ne sont-ils pas autant d’enfermements qui (nous) tuent à petits feux en (nous) empêchant d’être libres et pleinement vivants ?

Un autre parent, le père de l’adolescente, essaie de trouver l’équilibre entre des valeurs apparemment contradictoires, essaie de protéger sans sur-protéger l’enfant, accepte sa propre imperfection et essaie de se séparer de la forme pour garder le fond. Il pourrait représenter cette voie de la sagesse entre conserver et se séparer, continuer et rompre.

Dans le film, l’adolescente et une petite fille, beaucoup plus jeune, se regardent sans se parler. L’adolescente voit en elle, l’enfant qu’elle a été et qui comprend qu’elle doit apprendre à choisir si elle veut grandir et être libre. Alors que dans tout le film, l’adolescente refuse la séparation de ses parents, elle apparaît, à la fin du film, devant le juge, dans l’acceptation de la situation et la décision assumée du choix à faire entre ses parents divorcés. Les dernières images du film font frémir et réfléchir aussi, comme l’attente d’une nouvelle naissance, d'un nouvel être (de notre être ?).

Quel est le choix de l’adolescente face au juge ? Je ne dévoilerai pas la fin. Mais si on veut respecter le choix, la liberté de l’adolescente, ne doit-on pas accepter que toutes les réponses sont possibles ? Et puis, ce n’est qu’un film ; le plus important pour moi qui regarde le film (et qui suis dans la vraie vie) c’est : Quelle est ma réponse ? En tant que parent, suis-je prêt à accepter le choix de mon enfant ou le choix de l’enfant au fond de moi ou de l’enfant que j’ai été ? En tant qu’enfant, ai-je fait un choix libre et l’ai-je dit, affirmé et m’y suis-je tenu ?

Questions importantes, vitales, qui prennent aux entrailles … et questions d'actualité dans un monde en profonde évolution, qui se sépare de l’ancien, qui est divisé et qui cherche ses repères d’identité et de relation à l'autre...

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