Le pétard mouillé d’Al Gore

Avis sur Une suite qui dérange : Le Temps de l'action

Avatar Cyprien Caddeo
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Après sa Vérité qui dérange (2006) qui lui avait valu deux Oscars, l’ancien Vice-Président et candidat malheureux Al Gore avait relativement disparu de la scène publique. A la surprise générale, voilà le « politicien en voie de guérison » (selon ses termes) de retour pour une suite aux allures de pétard mouillé, qui n’a pas d’autre intérêt que de le remettre (un peu) sur le devant de la scène.

Alors, certes, les images de fonte accélérée des glaciers au Groenland, ainsi que celles des catastrophes climatiques, de Tacloban aux Philippines à la sécheresse en Syrie, sont efficaces. Mais, à part cela le film se perd dans un suivi sans recul du travail supposément extraordinaire accompli par Al Gore (qui « vend » ses présentations powerpoint sur le climat tout autour du globe).

Si on peut accorder au premier opus d’avoir été une véritable plateforme d’alerte à sa sortie en 2006, notamment aux USA où la question climatique était encore largement ignorée, sa suite ne dérange justement plus personne, et semble avoir bien des années de retard. Car au-delà du fait qu’Al Gore nous saoule très vite, à squatter tous les plans et tous les commentaires en voix-off (et à ressasser plus de quinze ans après sa défaite face à Bush en 2000 – oui tu aurais du gagner, mais turn the page, dude…), l’ancien leader démocrate semble se fourvoyer en s’extasiant devant les sommets internationaux comme (seule) solution miracle au réchauffement climatique. Ainsi, le film passe bien trop de temps sur les accords de Paris, les présentant comme une spectaculaire avancée, alors qu’il ne s’agit que d’accords à minima (pour rappel : le préambule n'est pas contraignant, l’ONU n’a aucun pouvoir de sanction, l’objectif lui-même est bas pour mettre les 196 pays d’accord). Pire, dramatisation oblige, Al Gore confronte l’espoir de l’accord, avec les attentats de Saint-Denis et du Bataclan dans une séquence qui frise le tire-larmes grossier…
Seul moment, assez cocasse et bien trouvé, à sauver du film : le passage d’Al Gore dans une ville du Texas qui est indépendante énergétiquement grâce au renouvelable (parc éolien, solaire, etc). « Une ville de fanatiques écologistes » ? feint de se demander Al Gore. Non, le Maire est un Républicain conservateur, et la ville est la plus conservatrice du conté le plus conservateur du Texas (qui déjà n’est pas le plus démocrate des Etats américains). Le Texan a fait le choix de l’énergie verte, par « pur pragmatisme économique » et pour des questions de santé publique. Amen.

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