Au-delà de la survie ici-bas. Infiniment beau.

Avis sur Une vie cachée

Avatar Caroline Tosel Luciano
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Une vie cachée relate la vraie vie de Franz Jägerstätter, un paysan autrichien qui durant la seconde guerre mondiale refuse de s’enrôler dans les troupes hitlériennes. L’histoire exceptionnelle d’une personne belle et pure, au courage et à la détermination sans faille. Un homme porté par une foi en l’humanité qui nous fait entrevoir une lueur divine.

Au départ, Terrence Malick nous plonge dans un décor majestueux, au sommet des montagnes, dans le petit village de Radegund. Franz y savoure, au gré des saisons, chaque instant de son existence. Amoureux éperdu de sa lumineuse épouse Franziska, il mène avec elle une vie simple et intense, entouré de ses trois jolies fillettes, de sa vieille mère. Les jours défilent sous le signe du travail de la terre et de l’élevage, émaillés d’instants de tendresse. La famille est en osmose avec la nature qui l’enveloppe, la nourrit et l’éblouit. Une sorte d’eden où Adam et Ève mènent joyeusement leur maisonnée.

Puis, la guerre arrive. Le paysage grandiose se fait menaçant. Les nuages se multiplient et s’assombrissent. Le tonnerre gronde au loin, et se rapproche inéluctablement. La belle harmonie qui régissait jusqu’alors la communauté du hameau se fissure. La plupart des habitants cèdent à la haine et au fanatisme ambiants. La lâcheté, la bêtise et le ressentiment prennent le pas dans une dynamique d’entraînement collectif où le doute et la réflexion sont bannis. Seul contre tous, Franz résiste, imperturbable, attaché à ses valeurs de justice et de piété. Une opposition silencieuse et ferme qui lui vaut progressivement l’hostilité du village, et le conduira en quelques mois sur les chemins du sacrifice.

Un film éblouissant, fort. On en ressort revigoré, un peu perturbé aussi. On s’interroge sur soi-même, sur ses valeurs et son courage personnels. Une remise en question salutaire et un message simple qui exhortent chacun à garder son libre arbitre et à agir avec bonté et justice. Si un individu isolé ne peut pas changer le monde, il peut œuvrer dans ses actes quotidiens pour une humanité meilleure, même seul contre tous. Un telle démarche ne sera jamais vaine. Elle portera tôt ou tard ses fruits à l’image des habitants de Radegund qui à la fin du film, réalisent leur propre insanité en attendant les cloches de l’église sonner. Comme toujours chez Terrence Malick, les images sont sublimes, la nature magnifiée à s’y confondre. Seul bémol : le réalisateur s’enlise dans des longueurs et des redites. Il tente de nous faire revivre le parcours mental de Franz, sa progression sans y parvenir pleinement. Mais peu importe. Pour son amour, pour sa beauté : ce film est vraiment à voir !

Au fur et à mesure du film, la tension monte. Franz est convoqué pour faire ses classes. Il en revient changé. Il a perdu sa joie de vivre et redoute d’être appelé au combat. S’ensuit une lourde attente où la famille tremble chaque matin en attendant la sonnette du facteur à bicyclette. Dans ce contexte angoissant, Franz s’interroge sur cette guerre. Il pressent que le mal est du côté allemand contrairement à ce que distille la propagande nazie. Il va questionner le curé, puis l’évêque et n’obtient que des réponses en demi-teinte. S’ils semblent condamner, sans oser l’exprimer clairement, le régime hitlérien, les hommes d’église ne s’inscrivent pas dans une résistance ouverte. Ils conseillent à Franz d’accepter de servir la patrie et de ne pas mettre “inutilement “ sa vie en danger. Pourtant, le refus de combattre s’impose à Franz comme une évidence. Cet homme intègre exclut toute compromission avec l’empire du mal. La désertion ou l’objection de conscience, bien qu’hautement risquées, s’érigent alors comme les seuls choix possibles.

Et un matin, la convocation tant redoutée arrive. Après des journées de doute, pesantes, Franz part rejoindre la caserne. Magnifique scène où Franziska court après le train qui lui arrache son mari pour de sombres horizons. Refusant d’exprimer son allégeance à Hitler, Franz est emprisonné dès son arrivée au camp militaire. Au fil des semaines, ses conditions de détention se durcissent en raison de sa résistance obstinée. Il est frappé, humilié, et traverse ces épreuves avec courage et abnégation, sans rien perdre de sa belle humanité. Pendant le temps de son calvaire, la vie suit son cours à Radegund dans une nature à la beauté inchangée, témoin impuissant de la folie et de l’infinie cruauté des hommes. Toujours conspuées dans le village, “les femmes“ de Franz font face. L’épouse chérie et la mère aimante se préparent au pire, acceptent peu à peu la terrible décision que Franz s’apprête à prendre.

Vient le temps du procès et du dernier ultimatum : prêter allégeance ou mourir. L’avocat commis d’office exhorte Franz à céder tout en gardant au fond de lui sa libre pensée. Il lui explique que beaucoup de gens agissent ainsi par souci de survie. Mais ce discours Franz l’a déjà entendu et ne peut y adhérer. Il est déjà au-delà de la survie, prêt au sacrifice ultime. Il maintiendra ce cap malgré la visite de sa femme et du curé qui, sans injonction, par leurs seules présences, tenteront de le rattacher à la vie. Même le juge, admiratif devant tant de courage et mal à l’aise avec sa propre compromission, essaie sans succès de le raisonner. Rien n’y fait. Franz veut vivre en phase avec ses convictions, garder jusqu’au bout sa totale liberté, jusqu’à une exécution atroce qu’il affrontera avec une dignité immense. Seules ses mains tremblantes, attachées derrière le dos, nous rappelleront que derrière le martyr héroïque, il y a seulement un homme, un homme parmi d’autres... Un homme qui rappelle le Christ et qui sera sanctifié des décennies plus tard.

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