Terrence conte le Mal, mais il y a un hic

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Il m'en aura fallu de la ténacité pour me rendre au cinéma pour voir le dernier film du "maître" Terrence Malick. Mais difficile de renoncer devant cette pluie d'éloges des critiques, savourant le retour du réalisateur à quelque chose de plus narratif. En effet, de sa période post 2000, je n'ai vu que son "Tree of Life" qui m'a laissé de marbre (malgré la beauté plastique indéniable), et depuis j'ai gentiment évité ses différents essais expérimentaux divisant même les fans les plus hardcore. Je pensais que Terrence et moi c'était fini désormais, son cinéma ayant évolué et s'éloignant d'un chef d'oeuvre comme "Days of Heaven" par exemple.
Ai-je donc bien fait de revenir vers son cinéma, et découvrir pour la première fois un de ses films au cinéma ?

Dès le premier plan, on ne peut qu'être frappé par la beauté de cette vallée reculée autrichienne du milieu du XIX e siècle. On doit cette sublime photographie à Jörg Widmer qui collabore avec Malick depuis "The New World". L'utilisation de grands angles participe à ce nouvel hommage rendu à Mère Nature.
Concernant le scénario, même s'il sera unilatéral et dépouillé à l'extrême, il offre deux rôles intenses au couple principal. August Diehl et Valerie Pachner sont remarquables et de véritables révélations. Leur couple rudement mis à l'épreuve, fonctionne à merveille, et d'ailleurs les meilleurs scènes sont celles où ils sont ensembles. L'empathie vient essentiellement de leur travail.

Donc oui, je peux comprendre que l'on adore ce film qui ne laisse pas indifférent à plusieurs reprises. Mais pour cela, il faudra passer outre, une redondance éreintante, une voix off alignant de la philosophie de comptoir bien plombante, une obsession pour Dieu et la religion en règle générale et des seconds rôles qui cabotinent complètement (contrastant d'autant plus avec la prestation des deux acteurs principaux). Le montage frénétique à la coupe sporadique destabilise mais fait son petit effet lors de certaines joutes verbales. Il pourra cependant en décourager plus d'un, et parfois Malick à la facheuse tendance à couper brutalement de beaux plans qui ne demandent qu'à durer. On casse la beauté, la pureté du couple, et l'empathie à plusieurs reprises.
Pour preuve, la plus belle scène, la plus déchirante, est un simple champ / contre-champ (en contre-plongée évidemment) qui laisse du temps à ses acteurs.

Beaucoup d'encre a coulé sur l'utilisation particulière des langues, mais pour ma part je trouve ce choix judicieux et en adéquation avec la mise en scène du réalisateur. Les tirades en autrichien ou en allemand rarement sympathique envers le couple est vécu comme un bruit sourd inintelligible car en totale contradiction avec leur ressenti. Ils ne se comprennent plus. Ils ne parlent plus la même langue. C'est un prolongement logique dans la manière qu'a Malick d'aborder son cinéma comme une oeuvre sensorielle pour le spectateur.

Reste une oeuvre unique, comme voulue par son réalisateur. Une proposition radicale qui ne pourra satisfaire tout le monde mais en chamboulera plus d'un. Et même si actuellement je suis encore dubitatif sur certains points. Que le film mérite facilement 30 minutes de moins à mes yeux lors de ce ventre mou carcéral étrangement chiant. Il en reste une expérience à vivre, de préférence au cinéma, ne serait-ce que pour cette très belle histoire d'amour et ce couple mémorable.

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