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Une vie cachée par César Defoort

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Une vie cachée relate l’histoire d’un fermier autrichien très croyant qui refuse de participer aux guerres imposées à l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1943.

La réputation de réalisateur mystique de Terrence Malick n’est pas nouvelle et se retrouve une fois de plus confirmée. Prophète qui questionne notre relation avec le divin, il nous rappelle avec Une vie cachée sa capacité à aborder en 3 heures les questions les plus existentielles : Comment réagir face à l’injustice lorsqu’elle est tolérée par le reste de la société ? Jusqu’où compromettre son existence et celle de ses proches pour se mettre au service d’une cause qui nous semble bonne ? Sommes-nous nés pour faire le bien ? Sommes-nous punis si nous cédons au mal, et récompensés si nous menons une vie droite et sincère ? Notre vie a-t-elle un sens ?

Notons la représentation du divin, abondante au début du film (le ciel très lumineux prend une place énorme, végétation foisonnante, peintures murales dans l’Eglise) avant de disparaitre dans la deuxième partie lors des moments de doutes de Franz (peu de lumière, le ciel est enfermé dans deux petites fenêtres, aucune végétation, simplement de la roche et des pierres). Le choix de tourner en lumière naturelle est ici particulièrement judicieux.

Au-delà de l’histoire de Franz, il s’agit d’un film sur la difficulté de la désobéissance et de la résistance lorsque le mal s’empare du monde à la vitesse d’une locomotive. Pour cela, Monsieur Malick opte pour un rythme très lent, laissant au spectateur le temps de réfléchir à tous les dilemmes moraux soulevés par le film. Une vie cachée nous invite à nous questionner en permanence sur nos actes et les logiques qui sous-tendent nos existences. Face à l’innocence de Franz et la pureté de sa foi, on sera amené à éprouver le sentiment d’avoir soi-même abdiqué certains principes par naïveté, facilité ou lâcheté. On repense à toutes les fois où, enfant, on clamait fièrement : « Moi en 1940, j’aurais été résistant, c’est sûr ! » Nous avions alors une force de volonté qui s’atténue tristement avec l’âge, compensée par un pseudo-pragmatisme qui accepte l’inacceptable en détournant le regard pour cacher sa honte.

Une vie cachée est un film à voir, d’autant plus à une époque où la résignation et l’apathie gagnent sans cesse du terrain et transforment les citoyens en de simples sujets.

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