Spirale infernale

Avis sur Uzumaki

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Depuis l'incroyable succès local de Ring au box office, le Japon est devenu un véritable paradis pour les amateurs de films d'horreur. Et ce qui fait plaisir, c'est que le filon est exploité très sérieusement, il n'y pas de volonté de dédramatiser les histoires ou de faire appel au second degré (comme dans la plupart des films d'horreur US récents). Uzumaki est donc un rejeton de cette vague post Ring. Mais il dispose de sa source propre, un manga de Junji Ito. Ito est un peu en train de devenir le nouveau Edogawa Rampo au Japon, c'est à dire un auteur de nouvelles d'angoisses très appréciés (et talentueux).

Kuruzou-cho est une petite ville Japonaise typique et sans histoire. Y vit Kirie, une jeune lycéenne, élevée par son père potier. Pourtant tout se met à basculer quand Kirie remarque l'étrange fascination du père de son ami d'enfance pour un motif en spirale. Un évènement anodin si il ne semblait pas mener graduellement l'homme vers la folie. A l'image du motif qui obsède le père de famille, c'est toute la ville qui va petit à petit basculer...

Le Japon semble s'être fait une véritable spécialité du traitement de sujets casse-gueule sur grand écran. Donner le même concept de départ à un réalisateur US et vous avez de bonnes chances de vous retrouver en face d'une grotesque pantalonnade (volontaire ou non). Or, Uzumaki préfère prendre son sujet de face, au premier degré et assumer ce postulat jusqu'au bout pour le mener au point de rupture. En cela, il suit l'exemple d'un Matango ou bien évidemment du fameux Ring, la petite subtilité qu'a en plus Uzumaki, c'est d'être réalisé par un gaijin (non japonais) qui semble s'être particulièrement bien imprégné de la culture locale.

Le film est structuré sur le modèle de la forme qui lui sert de titre ( la spirale/vortex), partant de l'anodin pour s'enfoncer graduellement. Higuchinsky va donc s'attacher d'abord à nous montrer le quotidien de son héroïne, la lycéenne japonaise tout ce qu'il y a de plus typique. Prenant son temps pour présenter les protagonistes et les lieux de l'action, il parvient aussi dés le début à créer une ambiance particulière ( grâce à la lumière et la direction des acteurs) au malaise diffus. Et c'est de manière quasi mathématique dans sa progression que le fantastique va faire son apparition, débutant par l'anodin (le jeune garçon qui cherche à faire peur à Kirie, la fascination du père de Shuichi pour les spirales) avant de s'enfoncer dans l'étrange le plus complet (transformation en escargot, " vortexisation " des personnages...). Ce déroulement progressif et inéductable (sans jamais la moindre justification scientifique ou magique) donne toute sa valeur à Uzumaki.

Le film fait parfois penser à un épisode de La quatrième dimension piraté par David Lynch. Tout est basé sur l'ambiance et la surprise. Et ces deux éléments sont forts bien exploités. La surprise est constamment entretenue car même si on a compris le déroulement de l'histoire, Higuchinsky nous jette au visage quelques délires rarement vus sur le grand écran et ne crache pas de temps en temps sur un petit effet choc, d'autant plus efficace que le rythme hypnotique du film ne le laissait pas prévoir. L'ambiance est l'autre grand point fort d'Uzumaki. Le réalisateur fait preuve d'une intelligence visuelle particulièrement riche, jouant énormément sur les couleurs et sur les détails (la présence du motif du vortex dans la majorité des plans), et parvenant ainsi à créer un climat unique. Difficile de ne pas être emporté par l'ambiance étrangement malsaine que le film diffuse.

Par contre, un petit bémol doit être mis sur la prestation de Eriko Hatsune. L'actrice jouant Kirie passe son temps à arborer une expression de surprise et se montre très passive. Évidemment, étant le personnage auquel le public doit s'identifier, cela se justifie mais son jeu un peu décalé et anti naturel semble en porte a faux par rapport au reste des acteurs (qui eux au contraire sont tout à fait dans le ton). Mais peut être est ce la un choix délibéré du réalisateur pour renforcer l'ambiance étrange du film...

Uzumaki est donc une œuvre à part, au croisement entre le film fantastique japonais " traditionnel " et les expérimentations d'un David Lynch. Définitivement un film à voir !

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