Luc Besson VS Suspension d'Incrédulité

Avis sur Valérian et la Cité des mille planètes

Avatar Rémi Mazenod
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Voir Luc Besson revenir à quelque chose proche du Cinquième Élément m'avait particulièrement ravi, d'autant plus qu'il s'agit du seul film de la filmographie du monsieur que je prend encore du plaisir à regarder. Que les choses soient claires, si j'apprécie particulièrement son sens de la mise en scène, qui rend en fin de compte ses productions très identifiables, j'ai toujours trouvé ses scénarios imparfaits, sa direction d'acteur limitée (Jean-Marc Barr en tête dans Le Grand Bleu) et la musique d'Eric Serra... très personnelle. En revanche, je comprend parfaitement que Besson puisse diviser à ce point entre détracteurs convaincus et admirateurs passionnés. Le juste milieu semble ne pas exister mais c'est néanmoins là que je pense me positionner, avec une légère tendance côté "j'aime pas".

Valerian me semble synthétiser à merveille ce qu'est la filmographie de Luc Besson : une patte visuelle et une mise en scène redoutable mais des coquilles dans le scénario qui font franchement tache, c'est bien là que les spectateurs auront différents degrés de tolérance. Je ne connais pas les BD d'origine mais il parait évident que la restitution de l'univers est très appliquée. Très bon point d'autant plus que le résultat à l'écran vaut le détour. La séquence se situant à Big Market, lieu invisible à moins de porter les lunettes adéquates et où les interactions avec le monde physique sont limitées, offre bel et bien un moment très original, très divertissant et surtout bien mis en scène. Dernier bon point, la performance de Cara Delevingne, qui m'avait franchement écœurée dans Suicide Squad et qui réussit ici à tenir le haut de l'affiche... en dépit d'un partenaire à l'écran pas très inspirée...

Évacuons le cas Dane DeHaan, c'est un fait, il semble toujours un cran en-dessous en terme de jeu mais je pense que cela est plus dû à une direction d'acteur pas toujours au point ainsi qu'à une écriture qui ne l'aide pas. Valerian est écrit comme un personnage parfaitement antipathique dès sa première apparition et aucun autre instant du film ne va tenter de régler ce problème. Il en résulte une absence absolue d'empathie pour ce type, heureusement contrebalancée par l'écriture de Laureline, d'une certaine façon la véritable héroïne de l'histoire. Elle est forte, déterminée, compétente... et pourtant un brin sous le charme de Valerian. Va comprendre. Quoique... Ce point représente assez bien le principal problème du film : Besson amène très mal les différents éléments du film (relations entre les personnages, décisions, avancée de l'intrigue) mais au nom d'une certaine suspension d'incrédulité. Les bizarreries ne sont jamais énormes mais toujours assez importantes pour déstabiliser. Ce qui finit par décourager au bout d'un moment tant tout s'enchaine mal en fonction de votre tolérance aux incohérences. C'est à se demander pourquoi ils ne se servent pas de leur super armure pour se rendre directement au centre d'Alpha plutôt que de s'y perdre par l'intermédiaire d'intrigues franchement inutiles qui ont plus l'air d'être là pour exposer l'univers que pour faire avancer l'histoire. Enfin bref, lister tous ces détails seraient sans fin... On finira par des dialogues pas super inspirés ("Il a déchiré ma robe !" "Je suis un soldat, j'obéis aux ordres !"), la musique d'Alexandre Desplat qui passe en sous-marin et enfin, cette séquence d'explication du plan de l'antagoniste principal, très similaire à ce que vous pourrez trouver à la fin d'un épisode de Scooby-Doo ("Et j'y serais parvenu si ces petits fouineurs s'étaient mêlés de leurs affaires !").

Valerian, c'est donc ça : une prouesse technique et de mise en scène au service d'une intrigue mal foutue, blindée d'incohérences sur lesquelles Besson vous demandera gentiment de faire l'impasse. Tout dépend de votre générosité en somme. A votre bon cœur, m'sieur-dame.

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