Valérian – « C’est l’histoire d’un mec qui traverse les murs la tête la première… »

Avis sur Valérian et la Cité des mille planètes

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C’est fou comment parfois une seule scène peut suffire à résumer tout un film. Et si je vois dis ça, c’est parce que – bien évidemment – c’est le cas de ce « Valérian ». La scène en question, c’est celle où Valérian décide de parcourir de long en large sa cité des milles planètes en en traversant littéralement chaque univers à force de coups de tête dans les parois… Pour moi, tout est là, et tout y est dit… Tout est là parce qu’en seulement une minute ou deux on voit plein d’univers très créatifs visuellement et plutôt joliment fichus… Mais tout y est dit aussi parce qu’au final « Valérian » ça se réduit à ça : un film qui fonce d’univers en univers la tête la première et qui décide de le faire de la manière la plus stupide qui soit : en éventrant toutes les cloisons étanches qui sont sur son chemin ! Et au fond, tout ça me rend un petit peu triste que « Valérian » se limite à ça. Parce que bon – je ne vais pas vous la faire à l’envers non plus – je ne suis clairement pas fan de cette période-ci de Luc Besson et ça ne m’attriste clairement pas qu’il sombre une nouvelle fois dans un spectacle bien indigent. Non, ce qui me chagrine, c’est que ce bon vieux Luc avait quand même réussi à mettre en branle autour de son film une sacrée brochette de talents et de créativités. En termes d’univers, il y a vraiment quelque-chose. Pour peu qu’on sache zieuter en permanence à droite et à gauche, il y a toujours une foultitude de détails amusants, élégants, originaux qui donnent une véritable richesse et densité à l’univers (avec notamment un gros big-up pour les costumes mais par contre un bon gros bouh pour la musique). Seulement voilà, comme dit auparavant, soit cette richesse d’univers est laminée par un rythme frénétique qui a décidé qu’on ne s’attarderait jamais plus de deux secondes sur un plan ou plus d’une minute dans un lieu (avec quelques exceptions notables. Par exemple l’introduction sur la planète des Pearls qui est interminable, avec pleins de plans bien trop surappuyés), soit cette richesse est foudroyée par la franche stupidité de l’écriture. Bah oui… C’est d’ailleurs même là que se trouve certainement le gros point faible de « Valérian ». C’est vraiment très mal écrit, à la limite de l’intelligence et du bon sens. Et quand je dis ça, je ne parle pas seulement des dialogues horripilants qui accumulent les clichés éhontés, les répétitions abrutissantes et les incohérences hors-classe.

(Mon préféré étant ce moment où, seulement dix secondes après avoir frappé l’un des plus hauts gradés de l’armée, Valérian fait une leçon à Laureline comme quoi il ne peut pas faire ce qu’elle lui demande car il est un soldat qui respecte les ordres à la lettre… Oui, le mec frappe son big-boss, puis il refuse de sauver tout un monde parce qu’il est un bon soldat bien discipliné… C’est beau non ? Bon, je vous rassure, tout ça est réglé par une tirade de Laureline sur le pouvoir de l’amour, donc bon hein…)

Non, quand je dis que c’est vraiment mal écrit, je parle aussi de l’intrigue en elle-même. Cette intrigue, au fond, elle n’est qu’un long fil grossier (très long le film ! Parce que 2h20 quand même !) qui n’a que pour unique but d’enfiler les univers de son film les uns après les autres, comme… Bah comme des perles tiens ! Et quand je dis que le fil est grossier, je ne vous mens pas car –jugez par vous-même – dans ce film, il est juste question de 1) prendre un héros et une héroïne lambdas ; 2) faire en sorte que l’aventure aboutisse à une histoire d’amour entre le héros et l’héroïne ; 3) bâtir l’aventure autour d’un tiers qui serait très méchant et qu’il faudrait arrêter… Je ne rigole pas. C’est vraiment cela et RIEN de plus. Donc pour tenir 2h20 avec ça, je peux vous dire qu’on s’en bouffe des trous d’air hallucinants ! Au mieux ça donne des arcs narratifs totalement inutiles

(genre : après que Laureline soit venue à la rescousse de Valérian et qu’ils se sont de nouveau réunis pour enfin aller directement au boss final du film, il faut que Laureline – cette cruche ! – se faire ferrer à la canne à pêche – je ne rigole pas – pour que puisse se lancer une nouvelle mission de sauvetage venue pour diluer le temps ! Alors ça pourrait prendre cinq minutes. Seulement il se trouve que la poulette a été capturée par une créature qui interdit aux humains de venir dans leur secteur. Donc Valérian décide d’aller retrouver une créature capable de changer son apparence. Pour la convaincre de l’aider, il est obligé d’assister à un show super long, puis d’engager une conversation super plate, avant enfin d’entrer dans la fameuse zone secrète où Laureline est prise. Vous pensez que c’est fini ? Bah non ! Parce que Laureline est prise dans un grand cérémonial dans lequel Valérian et sa nouvelle copine métamorphe vont devoir s’immiscer. Baston. Fuite. Conteneur à ordures de l’étoile de la mort. Morte super longue de la métamorphe pour laquelle on n’avait même pas pris le temps de s’attacher et là… C’est bon, on peut reprendre l’intrigue là où on l’avait laissée. Bilan : vingt minutes dans la gueule et aucun apport à l’intrigue principale. Moi, j’appelle ça : une blague !)

Et encore, l’arc narratif inutile, ça reste encore ce qu’on a de mieux à se bouffer dans ce film, parce qu’au moins, ça fait découvrir du paysage ! Parce que l’autre possibilité offerte par cette écriture lamentable, c’est les effets d’insistance sur des mystères aussi opaques qu’une baie vitrée d’aéroport. Et c’est sûrement cela qui est le plus insupportable. Que le film insiste et insiste encore pour poser des questions en mode « mais c’est qui le gros méchant ? » alors que depuis le départ il nous montre en permanence Clive Owen se balader dans le costume d’Augusto Pinochet, c’est juste insultant ! On est à deux doigts du niveau d’un « Dora l’Exploratrice » où on nous demande de pointer du doigt le renard qui est sensé être planqué dans l’image mais qui occupe dans les faits un quart de l’écran ! Et c’est vraiment sur ce point là que, pour moi, ce film s’enterre tout seul. Parce que là, non seulement le film se révèle ostensiblement stupide, mais en plus il nous montre aussi à quel point il prend pour aussi stupide que lui ! Et à dire vrai, je pense que c’est vraiment ça qui est à l’origine de toute la fureur qu’a engendré ce film. Parce que franchement, si on retire ça et qu’on le remplace par une intrigue fade mais classique (genre le « Cinquième élément » par exemple), eh bah on obtient un gentil « petit-train-touristique-à-travers-un-univers-sympa qui peut être séduisant sur bien des aspects (genre… bah le « Cinquième élément » quoi…) Bref, encore une bien triste œuvre de Luc Besson. En gros, on pourra mettre à son crédit d’avoir su réunir en un film un sacré paquet de créatifs talentueux, mais d’un autre côté, on pourra lui reprocher d’avoir – encore une fois – oser l’écrire et le réaliser… Triste, je vous dis…

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