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Valse avec Bachir par LittleNola

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Tout commence lorsqu'Ari Folman, quadragénaire de Tel-Aviv mobilisé par l'armée israélienne lors de la première guerre du Liban, converse avec un de ses amis qui lui raconte un cauchemar devenu récurrent depuis quelques temps. Un cauchemar qui met en scène les chiens qu'il a dû tuer pendant la guerre du Liban. Dès le lendemain, Ari a une vision muette de lui-même et de deux soldats se baignant devant Beyrouth. C'est avec cette discussion que Folman se rend compte qu'il n'a presque plus aucun souvenir du Liban. Il n'en garde que les grandes lignes et a surtout oublié ce qu'il faisait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant les massacres perpétrés par les chrétiens phalangistes dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Il décide donc de mener son enquête et d'interroger des anciens camarades soldats afin de « retrouver la mémoire ».

Son investigation prend alors la forme d'un documentaire d'animation, le premier de l'histoire du cinéma, oscillant entre présent et passé, cauchemars, fantasmes et réelles vérité.

Ce n'est pas un simple documentaire indigeste égrenant chronologiquement les évènements, c'est un voyage à travers la mémoire d'un homme, avec ses ressentis, ses peurs, ses opinions. Et pourtant, malgré les touches de fiction, la vérité est présente à chaque instant. Il semble qu'Ari Folman arrive à mêler la subjectivité de sa mémoire et l'objectivité des faits documentaires.

Question forme, le graphisme du film est loin d'être comparable à ce qui se fait en animation de nos jours, il s'agit plutôt de bande dessinée animée que d'animation pure. Mais cela reste vraiment très « beau », le jeu des ombres et lumières et des couleurs est très bien géré. Les tons sont plutôt dans les bleus-gris lors des scènes du présent, des couleurs bleues un peu plus vives pour les scènes oniriques et un choix de couleurs jaune et orangé pour les souvenirs. Un jaune qui dérange comme la couleur du malaise, du mal être, du mal...

Les mouvements de « caméra » et les différents plans sont très fluides à certains moments, secs à d'autres, ce qui participe à l'aspect de nervosité du film. Il y a quelques scènes qui m'ont beaucoup marqué, celle du bain dans la mer de l'auteur et de ses deux compagnons, celle où l'œil du cheval mourant est montré en gros plan ou bien la scène de tuerie dans le verger par exemple.

Dans un autre domaine, la bande son est envoutante. On alterne des mélodies lancinantes qui mettent en valeur la douleur et l'horreur de certaines scènes avec des phases plus rythmées avec percussions et bois jusqu'à atteindre des sortes d'à-coups sourds tels les battements d'un cœur ou le tic tac d'une bombe à retardement. Les contrastes sont parfois étonnement forts entre la musique et la scène qui l'accompagne. On peut citer la scène du verger : la tuerie d'un enfant sous un fond de Bach ; et bien sûr la scène qui donne son titre au film où le soldat valse entre les balles sur une musique de Chopin.

J'avais peur que la distance qu'induisait irrévocablement le dessin d'animation n'annihile l'histoire, la vraie : l'horreur, le massacre et la folie des hommes. Mais finalement, et pour cela la musique apporte beaucoup, cela n'est pas le cas. Les images de fin, photos et films d'archives sont intenses et rappellent pour ceux qui se serait tout de même laissé berner, que tout ceci s'est réellement passé, que toute cette folie, cette haine, cette douleur, cette mort, ne sont pas fictives. Le couperet tombe pour faire apparaître la réalité. Une seconde interrogation, plus souterraine se pose lorsqu'Ari Folman fait le rapprochement entre Sabra et Chatila et la Shoa, comme pour rappeler que l'homme peut soudain se changer en un animal barbare et cruel d'une seconde à l'autre.

A la fin de la projection, le silence est impressionnant, certains pleurent, d'autres sont simplement choqués... Au final, ce film laisse vraiment un sentiment de malaise.

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