En tête à tête avec la mort

Avis sur Valse avec Bachir

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Triste, humain, créatif, sincère certainement aussi, tout cela, Valse avec Bachir l’est assurément. Entre devoir de mémoire, thérapie par l’image, décryptage des rêves et des mécanismes de survie qui capitonnent la raison dans les limbes d’une hallucination protectrice, mêlant imaginaire et réel, Ari Folman se cherche autant qu’il essaye de retrouver les souvenirs qu’il a perdus au combat en même temps que son innocence. Une démarche personnelle courageuse qu’il serait bien cavalier de remettre en question.

Mais voilà, si l’on sépare la forme du fond, Valse avec Bachir tremble, s’écroule même dans les derniers mètres, se laissant aller à un étalage de prises de vue réelles choquantes pour bien marquer son audience. Non tu ne sortiras pas indemne de mon film, prends dans les dents ce visage poupon recouvert de poussière que les mouches tentent vainement de ranimer et ose encore faire le mariole. Vacherie réussie oserai-je dire, il faudrait avoir un cœur en kryptonite noire pour ne pas sortir de la séance le moral dans les talons et ce visage innocent ravagé par ce que l’humain peut générer de pire gravé dans les deux hémisphères.

En dehors de cette sortie de piste, pour moi, hors de propos, Valse avec Bachir m’a curieusement fait aussi forte impression qu’il m’a déçu. Presque virtuose lorsque l’image est fixe, la technique d’animation devient laborieuse quand le mouvement s’invite à l’image. Certaines séquences sont d’une réussite totale (le rêve récurrent au clair d’une lune d’or est magnifique), d’autres sont beaucoup plus discutables tant elles se contentent d’être purement illustratives. Les interrogatoires, en mode documentaire statique par exemple, peinent à s’intégrer à la trame autobiographique qui concerne Ari Folman, beaucoup plus onirique, symbolique et graphiquement recherchée.

Un problème d’équilibre à mon sens, qui transpire à la fois d’un manque d’homogénéité visuelle (la fin étant le coup de grâce, comment finir un film qui se veut très créatif, la plupart du temps, par une telle gratuité visuelle…) mais également d’un mélange des genres chaotique. Entre quête freudienne de la vérité et exercice documentaire rigide, il aurait peut-être fallu choisir.

Reste le fond, déprimant, mais nécessaire, à n’en pas douter.

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