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Vera Drake par Gérard Rocher

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L'Angleterre des années cinquante est en pleine reconstruction après le conflit de la deuxième guerre mondiale. La période est difficile pour les classes populaires aux revenus précaires et contre lesquelles se dresse un pouvoir acquis à la grande bourgeoisie par sa politique et ses lois rétrogrades. Au milieu de ce contexte vit au sein d'une famille très unie, Vera, une dame d'un certain âge. Cette femme, pleine de bonté et de chaleur humaine, se dévoue sans compter pour venir en aide aux petites gens. C'est ainsi qu'on la trouve au chevet des vieillards, réconfortant les malades et venant en aide aux femmes en difficultés. Beaucoup d'entre elles, enceintes et se retrouvant souvent seules, doivent payer un lourd tribut afin d'avorter clandestinement dans des conditions atroces. Vera vient alors en aide à celles-ci et par bonté se met à pratiquer des avortements dans son voisinage sans se faire rétribuer, contrairement à son amie Lily qui lui procure les contacts. Malheureusement pour Vera, l'une de ses intervention tourne mal. Elle est alors dénoncée aux autorités et se fait arrêter par la police le jour des fiançailles de sa fille Ethel, à la grande stupéfaction de son entourage, ignorant la cause de cette interpellation.

Comment ne pas être admiratif devant cette famille très unie et cette petite bonne femme de l'Angleterre des années cinquante , travaillant sans relâche afin de subvenir aux besoins de son mari et de ses enfants! Comment ne pas être bouleversé par son humanisme, son envie d'aider et de secourir son prochain avec un total désintéressement. Comme nt ne pas être révolté devant cette société bourgeoise de l'époque emportée dans un tourbillon de principes aussi répressifs qu'hypocrites! Le tort de Vera est celui d'avoir pratiqué un avortement sur une jeune fille paumée, misérable et abandonnée à son triste sort. Elle prend alors conscience de la gravité de ce problème énorme touchant les femmes qui n'ont pas les moyens de soudoyer un médecin de leur connaissance. Par son action, elle sauve des jeunes femmes du désespoir, de la honte imposée par cette société sordide au nom des soi-disant bons principes. Vera Drake est alors considérée comme une criminelle , elle qui n'a cherché qu'à apporter le bien et le réconfort autour d'elle. On la déshonore, on la juge et on l'incarcère.

C'est une oeuvre poignante et grave que nous offre Mike Leigh. Il évite avec adresse le mélo larmoyant en nous reconstituant avec précision et plein de psychologie le climat d'une époque à oublier. Il se pose en grand défenseur de la condition féminine. La libéralisation de l'avortement en Angleterre date de 1967. Vera Drake fait partie de ces femmes en avance sur leur temps, luttant contre une société bourgeoise qui stigmatise par ses idées l'illégalité et favorise l'obscurantisme. C'est cette société qui a amené l'existence de ces "faiseuses d'anges", les condamnant ensuite afin de se donner bonne conscience. Beaucoup de femmes comme Vera Drake ont payé très cher leur dévouement à cette cause, libérant les femmes enfermées jusque là dans un carcan de bons principes imposés, ironie du sort... par des hommes. Devant un tel état de fait, il ne reste aux faibles que l'illégalité pour agir. Est-ce choquant? Ce film nous démontre que non, à juste titre. Pour justifier son propos, cette réalisation bénéficie d'une interprétation remarquable, pleine de justesse et de naturel. Dans ce rôle complexe de martyre de la vie, Imelda Staunton est souveraine. Elle donne à son personnage une ampleur dramatique exceptionnelle. Mention exceptionnelle également à Richard Graham, mari déboussolé, effondré et éperdument amoureux de Vera, à Eddie Marsan, garçon misérable,emprunté et timide que Vera héberge et à Alex Kelly dans le rôle de la fille du couple, complexée et en mal d'amour.

Ce chef-d'oeuvre est plus qu'un film militant pour le respect et le droit des femmes souvent remis en cause et bafoué à notre époque. Cette oeuvre est un témoignage efficace, une vérité irréfutable et d'une évidence telle que seuls ceux qui n'ont pas côtoyé la misère humaine ne pourront comprendre, portant eux-mêmes une part de responsabilité dans l'illégalité des chances par pêché d'ignorance volontaire ou non.

Ce film a obtenu le Lion d'Or, ainsi que la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Imelda STAUNTON à la Nostra de Venise en 2004.

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