L'éclipse

Avis sur Veronica

Avatar Azguiaro
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Plus j'y pense et plus je me dis que je pourrais être bien plus méchante envers Veronica. Car si le visionnage était plutôt plaisant (dans le sens ou je pourrais le revoir sans problème), il est évident que le film est défectueux sur beaucoup d'aspects, à commencer par le fait qu'il est terriblement convenu.

Énormément de films d'horreur sortant à notre époque sont en effet damasquinés de ces stéréotypes auxquels n'échappe pas non plus le dernier long-métrage de Paco Plaza, réalisateur dont j'attendais mieux puisqu'il est en partie à l'origine de [Rec].
On a donc le sempiternel ouija, la possession d'une personne qui devient de ce fait une menace pour son entourage, la vieille religieuse aveugle-mais-qui-voit-quand-même-car-il-n'est-pas-nécessaire-d'avoir-des-yeux-pour-voir, la figure d'autorité qui ne veut rien entendre sur les phénomènes inquiétants dont sont témoins ses enfants... Ajoutons à tout ça une réalisation reprenant les poncifs de l'air du temps (je remercie quand même Plaza de n'avoir utilisé qu'une seule fois le coup du travelling aller-retour débouchant sur un jumpscare), et nous voilà devant un résultat d'une accablante banalité.
Mais je tiens à être clair : que le film ressemble à n'importe quel autre du même genre ne me gêne que peu. Si une œuvre n'est qu'une énième relecture d'une histoire connue, elle ne sera pas pour autant dénuée d'efficacité ou d'intérêt. Le vrai risque du manque d'originalité est qu'il peut très vite tourner en manque de personnalité. Veronica tombe en plein dans ce problème, comme expliqué auparavant, avec ce souci de réalisation lissée.

On me rétorquera alors que le visionnage vaut surtout pour les côtés métaphoriques et représentatifs. Et c'est vrai que Paco Plaza s'est visiblement fait plaisir à ce niveau-là, sauf que par moment c'est tellement énorme et rébarbatif que ça passe mal. Par exemple, tout le film est traversé par l'analogie entre l'éclipse et le côté sombre qui habite Veronica, le fait que cette jeune fille pure comme un soleil soit corrompue par une entité démoniaque. La démarche est pour le coup originale et poétique, mais autant qu'elle est appuyée jusqu'à plus soif, avec le montage, les jeux de lumière sur le plafond de chambre étoilé, ou ce portrait cramé qui laisse une tache sombre sur sa tête.
On a aussi droit à la symbolique des menstruations et ainsi du changement corporelle à l'adolescence, vue et revue dans le genre horrifique, voyante au point qu'elle en devient ridicule.
Je ne m'étendrai pas non plus sur la signification tape-à-l’œil de la meute de loups et du cerf, déjà présentée par le tableau plus d'une fois puis encore soulignée par le tee-shirt.

Ces partis pris, je suis cependant prêt à les accepter, en revanche j'aurais aimé pouvoir me passer des répétitions lourdingues de phrases-clés, à commencer par le "Il faut réparer ce qui a été mal fait", qui balancé pour la vingtième fois par une voix raisonnante deviendra presque parodique.
Pour terminer sur ce qui ne va pas : la possession de l'héroïne est plus qu'évidente dès la première scène avec le ouija.

Dommage, car malgré ses nombreux défauts, le film me plait de par les thématiques qu'il aborde (mise en avant d'une toile matriarcale et axée sur les femmes, influence néfaste du deuil, changements brutaux du corps féminin considérés comme honteux par les concernées...) comme par les instants de peur qu'il se montre capable de créer.
Les bonnes intentions sont ce qu'elles sont, et parfois elles génèrent de belles choses. Elles ne rattrapent pas toujours le reste, mais je suis contente d'avoir regardé ce film, que je n'étais pas même censée aller voir à l'origine. Pourquoi être méchante dans ce cas ?

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