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Vice

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Vice marche dans les pas de son grand frère The Big Short, avec une différence cependant fondamentale : Adam Mckay ne s'attaque plus à un système, mais à un individu. Et si cet individu peut être utilisé pour une critique plus large de la politique américaine, l'aspect documentaire du film rend sa démarche légèrement douteuse. Notamment dans son envie d'utiliser le genre documentaire, et dans le même temps de faire de son sujet une icône s'échappant de toute réalité. La personne est probablement à la hauteur du personnage, mais on pourra mettre en doute le parti pris de Mckay, assumant le côté incendiaire de son film jusqu'au bout.

Pourtant, on a bien une volonté du réalisateur de proposer un portrait humain, caché derrière la critique acerbe. Par la famille de Dick principalement, l'arc narratif du personnage reposant là-dessus. Sa femme est la cause de ses premiers pas sur les marches du pouvoir, et tout l'enjeu sera de comprendre comment ce pouvoir a pris le dessus sur sa famille dans son cœur.

La continuité avec The Big Short est également assurée par son élément le plus brillant : la réflexion sur le divertissement. Une nouvelle fois, Mckay n'oublie pas, avec parfois bien peu de subtilité, de redonner au spectateur sa responsabilité dans les événements dépeints par son incapacité à regarder ce qu'il se passe sous son nez, même si dissimulé derrière des images à n'en plus finir. En utilisant ce montage frénétique d'images d'archives de pop culture signifiantes dans le cadre du film, le réalisateur tente tant bien que mal parfois de faire prendre conscience de l'illusion du divertissement. Cependant Vice va plus loin que The Big Short, n'hésitant pas à mêler dans ce vide divertissant des images de la réalité américaine dans ce qu'elle a de plus choquante : enlèvements, prisonniers, tortures... Le décalage créé dans l'esprit du spectateur en présentant ces images comme l'on présenterait un montage de télé-réalité ne lui laisse d'autres choix que de prendre conscience du danger de se laisser aspirer par ce flot d'images constant qu'on nous fait avaler de manière continue. Pour aller plus loin, ce décalage montre dans le même temps que le pouvoir exercé par les personnes comme Dick Cheney et ses conséquences parfois terribles a pour eux la même fonction que la surconsommation a pour nous : un divertissement cachant la réalité du monde.

Là est le parallèle entre Dick Cheney et le spectateur : c'est le divertissement dans ce qu'il a de plus superficiel qui pousse les individus à perdre de vue les valeurs qui les ont forgés en premier lieu. Mckay appelle donc à Cheney comme au spectateur de regarder au-delà de son propre divertissement afin de prendre conscience de la portée de ses actes, de l'homme le plus puissant du monde jusqu'au spectateur le plus insignifiant dans une salle de cinéma. Cheney par ailleurs justifie ses actes dans le film en en appelant à la protection de ce divertissement et de ce mode de vie insouciant. Un cercle vicieux que le métrage s'efforcera donc de briser, souvent avec bien trop d'entrain pour ne pas se sentir gavé d'informations jusqu'à l’écœurement. Briser un cercle vicieux pour en créer un nouveau, le film ne proposera pas de solution à ce nouveau problème autre que considérer les réfractaires au film comme des white trash mal éduqués. Des intentions louables mais délivrées avec la subtilité d'une vidéo virale. En 2019, le méta pardonne tout (ou pas).

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