Victoria, mon amour

Avis sur Victoria

Avatar Mysterio's Madness
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J’ai lu quelque part que le rôle des théoriciens et critiques est d’expliciter au mieux leurs ressentis face à une œuvre car si tout spectateur éprouve des sentiments, les décrire est ce qu’il y a de plus compliqué. Malgré mon simple statut de spectateur, « cinéphile » à la rigueur, je vais toutefois tenter de me prêter au jeu car cette Victoria m’a rendu fou.

Lorsque j’ai découvert l’Arche Russe d’Alexandre Sokourov, plan-séquence d’une heure et demie dans un château/musée alternant trois espaces-temps différents, le procédé technique m’a fasciné, m’a émerveillé. L’organisation d’un tel chantier a du être colossale. A mes yeux la prouesse ne pourrait jamais être surpassée par un autre film. Au mieux, je pensais qu’elle pourrait peut-être être un jour égalée. Et puis il y a eu Victoria.

Au début du film, il y a cette impression que 90% de ce qui nous ai montré est improvisé et que le cadreur est juste un mec qui sait ce qu’il fait. En soit, la trame narrative ressemble à mille autres, une jeune femme seule (et qui se sent seule) rentre de boite de nuit et rencontre une bande de potes avec qui elle décide de rester un peu jusqu'à ce que tout dérape. Pendant à peu près une heure nous assistons donc à cette rencontre et comme je l’ai dis, nous avons juste l’impression d’avoir affaire à une équipe technique et un casting très doués.

Et puis Victoria se met à jouer du piano. Je crois sincèrement que l’essence même de tout le film repose dans la réaction du second personnage face à ce Mephisto Waltz. Sans vraiment spoiler quoi que ce soit, j’ai l'impression d'en dire peut être déjà trop. Il y a pourtant dans cet instant d’émotion, dans ces yeux, dans cette gestuelle, un aspect bien trop « réel » pour qu’on n’en parle pas.

Plus le film avance et plus on comprend que la part d’improvisation est finalement beaucoup moins importante que ce qu’il parait, que les acteurs sont simplement géniaux et que le Kaméramann norvégien, Sturla Brandth Grøvlen, offre ici un travail d’orfèvre rare. Le thème musical du film, utilisé à deux reprises seulement et qui efface complètement le son direct, offre d’ailleurs un aspect onirique aux images qui révèlent alors aux yeux de ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué toute l’étendue de leur splendeur. Victoria ressemble beaucoup au cinéma des corps de Cassavetes et on sent clairement que le réalisateur, Sébastian Schipper, sait très bien ce qu’il fait.

Cependant si vous vous attendiez à un film d'action, ne partez pas encore, vous allez être servi. La deuxième heure est nettement plus "tendue". Et là encore, il se passe quelque chose. La tension flagrante des protagonistes se répercute directement sur le spectateur qui se retrouve au cœur des événements à travers la caméra épaule. On se surprends à avoir peur pour ces personnages auxquels nous nous sommes attachés très vite. Si on souris lorsqu'ils sont heureux, on pleure aussi lorsqu'ils sont tristes ou à bout de nerfs.

L'oeuvre a beau être vendue comme "un thriller renversant" (c'est plus vendeur, il faut l'avouer) elle est bien plus que ça. Je ne sais pas si elle renversera le monde comme l’a prédit Darren Aronofsky ou si je m'enflamme trop lorsque j'en parle. En tout cas, je suis tombé amoureux de Victoria et il fallait que je le dise à qui veux bien l'entendre.

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