Monde du travail et état de nature

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Associer camp de nudiste et monde de travail a de quoi intriguer où 4 salariés d'une petite entreprise rachetée par un grand groupe ont pour cadeau de "bienvenue" un séjour dans un camp de nudiste. Néanmoins, le film réussit à dénoncer le monde du travail en insinuant que cette expédition soit en fait un plan social déguisé bien que cela ne soit jamais tout à fait clarifié précisément. Cette ambiguïté qui transforme ce camp de nudiste en épreuves pour sauver sa place est assez amusante, mais aussi a l'avantage - ce qui n'est pas négligeable - de montrer la violence du monde de travail où les travailleurs sont sans cesse en concurrence entre eux et sont invités à se disposer en fonction du désir de l'entreprise.

Ainsi, pour sauver leur emploi, les travailleurs sont sans cesse dans le dilemme de leur désir et celui qu'ils s'imaginent être celui de l'entreprise qui les invitent à se conformer aux normes du camp nudiste. Si bien que cette petite comédie à l'apparence anodine réussit à travers cela à montrer les contraintes managériales et l'idéologie néolibérale à travers des scènes malines.

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Hélas, la fin est très décevante. On se retrouve devant le vieux thème du héros qui découvre sa vraie nature pour pouvoir se rebeller contre la société qui n'est pas sans rappeler l'héritage freudien où l'homme serait dénaturé par la société ou l'idée soutenue par des penseurs comme Hobbes ou Locke qui voudrait que la société soit un artifice.

Cette fin pose problème en plus d'être assez moyenne comme résolution car on en vient à dire que toute sociabilisation (comme le fait de travailler) est une hypocrisie : ce qui est problématique notamment parce que cela caricature le monde du travail sous des traits grossiers : il subsiste des rapports sincères malgré tout. Ce n'est pas parce qu'on est obligé de travailler, qu'on peut affirmer pour autant que toutes actions découlant du travail soient forcément hypocrites. La fin où héros redevient "lui-même" en se montrant sous les traits d'état originel (nudité, comportement grossier non sans lien avec l'animalité, absence de convenances sociales, etc.) est une conclusion ambivalente car si elle défend une certaine identité face à certaines violences du monde du travail cela souligne aussi dans un sens que l'homme dans sa "nature profonde" n'est pas dénué d'un certain ridicule.

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