Le(s) problème(s) des films de SF contemporains

Avis sur Virtual Revolution

Avatar Aldorus
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En regardant Virtual Revolution, deux constats s’imposent :
- Blade Runner est et restera manifestement toujours l’influence esthétique majeure des films de science-fiction ;
- Le cinéma de genre peine à renouveler ses codes scénaristiques.

Car ce film est une sorte de quintessence de ce que peut proposer la science-fiction de série B de ces dernières années : une photographie et un visuel aux petits oignons, enveloppant une intrigue qui, si elle repose sur un background très complexe, ne manque pas de platitude.
Dans un monde partagé entre les « connectés » et les gens à cheval entre la réalité et les jeux pour le payement desquels un revenu universel est distribué, où s’est dessinée une mince frontière entre réel et virtuel, une résistance s’organise, destinée à renverser la pseudo-dictature de la dépendance vidéo-ludique.

Un concept plutôt recherché pour des intentions plutôt basiques dans le genre, donc, et cela sans compter le thriller qui se dessine au fil de l’intrigue, qui repose sur des gimmicks et des rebondissements assez attendus. Le personnage principal est un détective privé solitaire, chargé de traquer les terroristes virtuels susévoqués (toujours par la même boîte, semble supposer le métrage), avec un caractère pourri et un seul « ami » (notez les guillemets ») qui fait plus office de faire-valoir, en l’occurrence un hacker qui lui fournit toutes les informations dont il a besoin, avec un peu d’argent comme seuls remerciements de ses services. Bien entendu il faut des antagonistes, en la personne d’un agent d’Interpol et d’une cyber-terroriste (à la fois ennemie et alliée) auxquels on réserve des plans rapprochés dessinant des contours particulièrement inexpressifs.

Même si le film regorge malgré tout de bons moments de cinéma, avec un découpage malgré tout bien ficelé et des plans-séquence un peu fades mais cadrés impeccablement, le scénario use de trop de lieux communs pour véritablement capter l’attention de son auditoire. On s’en remet alors à la plastique d’un univers graphique riche mais détonnant, dans lequel la réalité du spectateur colle paradoxalement plus aux mondes vidéoludiques propres aux petites préoccupations de la populace que dans la vraie vie de ceux-ci, un Paris 2047 beau à contempler de par tous les éléments SF qui le ponctuent. Une vision de cauchemar qui demeure le principal élément dystopique auquel se raccrocher, tant sont flous les rouages du système social de cette capitale futuriste, bien que cela reste volontaire.

Le véritable problème devient en fait cette surcharge d’éléments sociaux dessinés par le truchement de dialogues pauvres d’autre chose que de la description des univers interconnectés qui font l’ossature du métrage. En 1h30, Guy Roger-Duvert ne prend donc pas assez de temps pour approfondir le moindre background, et l’on sait à peine des miettes sur la vie de Nash et Dina, et eux seulement. Toute une foultitude d’autres personnages meurent ou évoluent ainsi sans qu’on leur ait porté le moindre intérêt, n’ayant que l’avenir de ce Paris futuriste pour nous préoccuper.

Préférer le général au particulier, abandonner l’individualité pour s’accrocher aux faits sociaux, voilà certaines problématiques du cinéma de genre ayant peine à évoluer. Si la SF a de nombreuses choses à présenter ou à dénoncer, elle ne s’intéresse plus assez aux conséquences sur l’individualité, et on regrette ça au vu de l’ampleur de certains projets avortés par leur manque de discernement.

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