Un projet prometteur pour un film à la dérive

Avis sur Visages, villages

Avatar Antichrist
Critique publiée par le

Visages,villages part d'un principe fort prometteur : Agnès Varda et JR effectuant un road-trip de villages en villages à la recherche de rencontres se concrétisant par le tirage et l'affichage de photos en très grandes tailles en noir blanc comme le fait habituellement JR. Le film enchaîne donc logiquement les rencontres où les "personnages" du film finissent par devenir acteurs du récit en présentant leur métiers et occupations, l'une des meilleurs scènes du film étant celle du carillonneur dans une séquence montrant toute la technicité de son métier et la passion animant cet individu. Les rencontres sont alors souvent touchantes et pleine d’humilités se concluant sur la prise de photos époustouflantes de beauté et de sincérité. Mais qu'est ce que le film rate au final ? Il rate malheureusement l'essentiel.
En laissant de côté la verve sociale de leur documentaire, le film se recentre de plus en plus sur leur relation avec une multitudes de séquences absolument inutiles voire carrément mièvres qui ont pour effet de totalement dissoudre le récit initial. L'apothéose étant la séquence de rencontre avec la grand-mère centenaire de JR d'un vide abyssal puisque cette dernière semble prise au dépourvu sans avoir rien à dire (le film tente de récupérer le vide de la séquence en le justifiant comme une volonté de la grand-mère de garder des "secrets"), on se demandera alors pourquoi cette séquence figure dans le montage final du film. Et c'est ici que l'on touche au problème central de Visages,villages, son montage.
Le projet de JR et de Varda possède un potentiel immense, leurs rencontres furent sans aucun doute nombreuses et mémorables mais le film à grande peine à saisir l'essence de leur voyage; la cause à un montage sans subtilités, un choix hasardeux des séquences (la grand mère de JR, la scène du Louvre, etc...), une voix off très plombante qui à tendance à sur-expliquer tous les enjeux annulant toute poétique de l'image, la musique de Mathieu Chedid est soit d'une incroyable platitude soit dégoulinante d'une émotion forcée à l'image du film. Même les séquences centrées sur le métier de JR quant à l'emplacement des photos et la difficulté d'affichage sont trop rares alors que l'on tenait là d'un des points majeurs du récit, c'est à dire la concrétisation de leur entreprise, se retrouvant souvent éludé par le montage.
De plus l’inclusion des séquences jouées (dont l'artificialité saute aux yeux puisqu'en opposition directe aux scènes documentaires, qui elles aussi se trouvent parfois être mis en scène, un comble !) afin de développer leur amitié (uniquement pour le spectateur) témoigne d'une dérive totale du projet filmique puisque les séquences documentaires auraient largement suffit à cerner la complicité des deux artistes.
Seul Godard refusant la dernière rencontre sauve le film d'un final en mode retrouvaille de vieux amis qui aurait achevé le nombrilisme dont fait preuve la fin du long métrage. Il reste toujours une poignées de scènes réussies, celles où les intentions en étant moins envahissantes laisse la place à un peu de spontanéité. Nous nous trouvons alors en face d'un merveilleux film à l'état de potentialité, totalement inaccessible dont on rêvera un nouveau montage pour le voir se dévoiler devant nos yeux jusqu'ici restés sur leur faims.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 226 fois
2 apprécient

Antichrist a ajouté ce documentaire à 1 liste Visages, villages

Autres actions de Antichrist Visages, villages