La maison du bonheur

Avis sur Vivarium

Avatar Rémi Savaton
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La force implacable de Vivarium signé Lorcan Finnegan est cette plongée métaphorico-horrifique d'un jeune couple dans la terreur d'une petite maison située dans un lotissement monotone et pluriel dans lequel réside en profondeur le spectre inévitable du modèle de la famille nucléaire. Un destin souvent vu comme inévitable pour un couple d'une trentaine d'année. Un film d'horreur qui tente des choses, mais qui ne parvient pas non-plus à viser plus-haut !

Gemma (Imogen Poots) et Tom (Jesse Eisenberg), jeune couple d'une vingtaine ou trentaine d'année, s'aiment passionnément et ont pour projet d'investir dans leurs première maison. Lorsqu'ils franchissent la porte d'une agence immobilière à priori banale, ils sont accueillis par un de ses mystérieux vendeur de rêves. De là, les deux tourtereaux sont conduits vers une maison au cœur d'un grand lotissements soit-disant idéal, pour venir faire la visite de la fameuse résidence n°9 jugée comme un endroit rêvé : cette maison et ce quartier ne les laisseront malheureusement pas sortir indemnes. De ces premières minutes de film, nous comprenons que Lorcan Finnegan va nous conduire au cœur d'une autre vision du modèle immobilier moderne où prospérité et sérénité sont censées être soit-disant les maîtres-mots !

Dans ce décor à la fois fortement imaginaire et tranquille se cache une réalité sordide à travers laquelle il n'est pas possible d’échapper. Cet immense lotissement où chaque maisons sont identiques, propulse les deux protagonistes vers un avenir à la fois vu comme inévitable pour un jeune couple actif, et vers une matérialisation rapide de leurs vies futurs entre la lassitude, l'éducation d'un enfant et plus horrible encore, vers une naissance d'une forme de violence intra-familiale qui rajoute encore une dimension de terreur à un milieu déjà redouté depuis longtemps. Les difficultés de la vie sont littéralement modelées en fonction de ce quartier monotone et généralisé. La vie devient à l'image de cet environnement lucratif pour ses gérants en cravate : simple, répétitif et angoissant. Lorcan Finnegan met à mal le monde de l’immobilier, de la consommation et en général de la société post-industrielle dans une déconstruction horrifique d'un univers où les plus gros mangent les plus petits. Où la vie se résume à ''métro-boulot-dodo'' et où le travail dur ne permet pas souvent de voir une lueur de sérénité et d'un monde plus paradisiaque. Au sein de ce cauchemar ambulant dont la fin est invisible à l'image de The End de Guillaume Nicloux, Vivarium dépoussière à sa façon le cinéma d'horreur et propose une mise en abîme certes fortement métaphorique, mais qui fait peur !

Mais le choix volontiers de traiter la surface du récit en construisant cette terrible vision du monde urbain est à la fois une qualité pour ce film innovant, mais s’avère en même temps comme une limite. Au-delà de la regrettée mise en scène, c'est une certaine répétition qui pourrait nous agacer face à Vivarium. Bien conscient de la vérité qui défile interminablement, les deux personnages tournent souvent en rond et prouvent surement une des limites du long-métrage de Finnegan qui s'avoue certes intéressant, mais comme cité en introduction : ne vise pas plus-haut !

Vivarium n'en demeure pas non-plus une oeuvre raté et réussi à offrir une facette terriblement horrifique à un monde moderne où l'amour se désintègre au profit d'une monotone routine et à une éducation visant à perpétuer ce milieu mangeur de perspective en tant soit peu positive !

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