Who's Woo ?

Avis sur Volte/Face

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Considéré à juste titre comme le grand maître du cinéma d'action "made in China", il est donc peu surprenant que l'ami John Woo se soit vu courtiser par la grande machinerie hollywoodienne.
Après deux essais en mode mineur ("Chasse à l'homme" , "Broken arrow"), Woo réussit enfin son coup (si l'on peut dire) avec ce sommet du film d'action que constitue "Face/off", et ce aujourd'hui encore, près de 18 ans après sa sortie en salles. Ce qui méritait bien une critique.

"Face/Off" (en français "Volte/Face") raconte donc l'affrontement au sommet de deux hommes que tout oppose, soit Sean Archer (John Travolta), un agent fédéral brisé par le meurtre brutal de son fils et Castor Troy (Nicolas Cage), un terroriste fou furieux, anarchiste et pervers, meurtrier du fils d' Archer. Vu sous cet angle, le film peut fortement rappeler un autre polar-phare des années 90, "Heat", de Michael Mann, marqué par lui aussi par un duel au sommet, cette fois-ci entre Al Pacino et Robert De Niro.

Et pourtant, il n'en est rien. Une fois passé un premier quart d'heure riche en tensions et cascades violentes et spectaculaire, par ailleurs formidablement filmés par un cinéaste au sommet de son art, "Face/Off" entre dans le vif de son sujet, à la fois osé et original. En effet, pour mettre la main sur une bombe à retardement cachée quelque part dans la ville, le chevronné Sean Archer va devoir "emprunter" (par le biais d'une opération chirurgicale littéralement aux frontières du réel) le visage de son ennemi juré, tombé dans le coma. Malheureusement, la situation dégénère rapidement : Castor Troy sort de son coma, exige de se faire greffer à son tour le visage d'Archer et massacre toutes les personnes aux courants de l'opération. A partir de là, le film, bien que restant un film d'action, emprunte tout doucement la voix du "néo-noir", voir même du thriller psychologique. En effet, le changement qui s'opère alors à l'intérieur des deux hommes ne manquera pas de troubler le regard que chacun de leurs proches pouvaient leur porter.

C'est aussi à partir de là que le jeu des deux acteurs principaux devient véritablement transcendant; chacun reprenant les mimiques et expressions de jeux de l'autre avec une véritable crédibilité. Ainsi, Travolta, présenté au départ comme un homme blessé et meurtri par la vie, devient, sous les traits du personnage incarné par Cage, un véritable jouisseur (dans tous les sens du terme) extraverti, pour le plus grand plaisir de sa femme et de sa fille. A l'inverse, Cage, au départ fou furieux et anarchiste, devient mélancolique et touchant, son regard triste parvenant à traduire toutes les émotions du véritable Sean Archer.

Le côté "néo noir" se voit illustré par le thème du faux semblant qui, dans ce film-ci, apparaît au propre comme au figuré. En jouant avec un plaisir pervers sur le thème de l'identité et de ses caractéristiques (sa fausseté, sa perte, son emprunt), notamment par l'intermédiaire des femmes des deux hommes (Eve Archer croyant avoir retrouvé son mari pour lequel elle ne ressentait plus grand chose d'un point de vue sentimental et sexuel; et Sacha Asler/Troy, surprise de découvrir que son faux mari préfère discuter sincèrement de leurs problèmes plutôt que de faire l'amour), John Woo crée un véritable ballet en guise de film d'action, ponctuée tour à tour de morceaux de bravoures très spectaculaires (l'évasion de prison, la poursuite finale en hors-bord), de morts violentes, de répliques bien ambiguës ("Si tu es Sean Archer je dois surement être Castor Troy.") dans lequel pratiquement tous les protagonistes de cette grande tragédie, marqué par ailleurs d'un certain symbolisme religieux (l'église, les postures christiques et martyrs d'Archer et de Troy), ont un rôle à jouer, soit en guise de conscience, soit en guise de confident.

En deux mots, "Face/Off" constitue très certainement LE meilleur film américain de John Woo et demeure, encore à ce jour, un véritable classique du film d'action, à la fois original et osé quant à la tournure de son scénario (le bien devenant le mal et vice-versa) et brillant par la grande qualité de son interprétation (Travolta et Cage sont absolument remarquables).

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