Déprime en mosaïque

Avis sur Voyage à deux

Avatar LongJaneSilver
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Oh le beau film traître que voilà... Je l'avais vu il y a dix ans : j'avais alors vingt ans, un amoureux dont j'étais dingue et qui me faisait commettre de délicieuses folies, et je n'avais retenu, de ce film, que les scènes pimpantes qui me ramenaient à ce que je vivais.

Me voilà trentenaire, amoureuse de mon mari, et ce film me fait trembler : voir, au fil d'un habile montage, une complicité amoureuse se dégrader, souffrir, se scléroser, pâlir de sa comparaison avec ses débuts... Malgré le happy end qui suggère que, malgré l'épreuve du temps, les fondements de leur amour sont toujours présents, j'ai souffert de voir Joana et Marc se malmener, vivre dans les non-dits, les reproches, envisager froidement s'être illusionnés l'un sur l'autre, parler de divorce, se reprocher la naissance de leur enfant et se renvoyer comme des armes tranchantes leurs boutades des débuts joyeux de leur idylle ("What kind of people just sit like that without a word to say to each other? - Married people"). Emue de voir, dans cette histoire soigneusement déstructurée qu'on découvre comme une mosaïque, une intimité se créer (blagues récurrentes connues d'eux-seuls, complicité sensuelle, doux titillage verbal et physique, souvenirs que l'on se crée au fil de galères et de confidences tissées à deux) et s'user, au fil des rencontres, des déceptions, des histoires. Bouleversée par la présentation des adultères respectifs : lui, vivant une aventure alors qu'il conte, d'une voix off, la lettre amoureuse qu'il envoie à son épouse, nouvellement mère ; elle, choisissant un adultère au grand jour, qui lui sera reproché par celui qui n'ose pas avouer qu'il s'est rendu, secrètement, coupable d'un pareil pas de côté.

Bref : ce film, habilement conté, qui donne à lire l'amour à l'épreuve du temps, m'a fait souffrir dans mes convictions de femme amoureuse qui redoute de voir un jour, dans le regard de ma tendre moitié, la complicité pétillante s'éroder, la tendresse s'effacer, le dialogue se restreindre comme peau de chagrin... et que ne restent plus, pâlichons, que les fondements d'une longue habitude amoureuse, une "indispensabilité" dépourvue de cette incandescence joyeuse qui anime mon quotidien depuis sept ans.

Déprimant...

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