"The Deer Hunter", monument incontournable sur la guerre. Puissant et Vertigineux.

Avis sur Voyage au bout de l'enfer

Avatar Matt  Fox
Critique publiée par le

Difficile d'être objectif sur certains films : ayant vu à seulement 15 ans Voyage au bout de l'enfer car j'étais intrigué par ce film aux critiques élogieuses et le nommait souvent dans le top meilleurs films de De Niro et de tous les temps (5 oscars quand même !), j'étais époustouflé, même si il a été compliqué de finir cet oeuvre très dense et marquante puisqu'elle dure 3 heures sans flancher de l'oeil par certains moments.
Ce qui est incroyable avec ce film du réalisateur talentueux Cimino (le réalisateur maudit comme on l'appelle), ce que j'ai senti dès les premières minutes que ce n'était pas un film comme les autres : le générique très sobre, la musique de Stanley Myers sublime retentit avec panache, et déjà un souffle épique nous embarque dans cette histoire grandiloquente à couper le souffle.
J'ai trouvé ce film incroyable : un parcours initiatique d'une communauté modeste qui va affronter la guerre et ses conséquences tragiques. Plus particulièrement, ce film est réellement le premier à expliquer le traumatisme de la guerre du Vietnam aux USA (il est sorti en 1978 et les ricains avaient tous cette guerre dans leur mémoire), cela nous donne au film un côté novateur pour l'époque.
Cimino réalise une fresque ultra- ambitieuse, une oeuvre gigantesque découpé en 3 parties : celle du mariage et de l'introduction d'une joyeuse communauté, puis celle d'une guerre sanglante et cruelle dont tous ne vont pas revenir indemne, puis SURTOUT la partie la plus intéressante qui est rarement traité, celle de l'après- guerre du Vietnam et de ses soldats déboussolés de revenir à une vie normale. 'The Deer Hunter' est plus un film sur la guerre en général qu'un film de guerre puisque cette histoire aurait pu arriver pour n'importe quel autre guerre, créant la longue et funeste destruction d'une petite communauté orthodoxe au profit d'intérêts américains pendant plus de 3 heures, presque une description des dérèglements de notre société ne parvenant ni à sauver ni à réintégrer nos soldats.
Le film repose sur de nombreuses qualités malgré une longueur évidente et un rythme lancinant : il y a un côté authentique des scènes qui rajoutent un vrai plus au film (Cimino a effectué un vrai mariage orthodoxe, les acteurs ont vraiment effectué leurs propres cascades, Savage ne savait pas qu'il y avait des rats dans la cage où il est retenu prisonnier, et ils se sont vraiment faits giflé et brutalisés par les acteurs vietnamiens), la direction d'acteurs est exceptionnelle offrant des moments de gloire à chacun des acteurs, et des performances incroyables (Meryl Streep en jeune femme désemparé, De Niro porte littéralement le film et est tout simplement grandiose, Walken éclate au grand public avec un superbe talent, un regard bleu tranchant avec un rôle de jeune homme fragile et torturé ; talent récompensé puisqu'il glanera l'oscar du meilleur acteur dans un second rôle, Savage est bouleversant lors des scènes au Vietnam), les seconds rôles sont tous géniaux dont John Cazale qui mourra peu de temps après. La photographie comme les décors sont aux diapason de la réalisation impeccable, la musique renforce le tout, et le montage est parfait : la scène de transition entre un morceau de piano mélancolique nous annonce l'enfer du Vietnam avec un contraste surprenant.
Voyage au bout de l'enfer est une boucle infernale, montrant avec passion la différence entre l'avant et l'après- Vietnam par un jeu de miroir des scènes : si De Niro crève l'écran dans la première partie avec son regard malicieux, il rentre au pays déprimé et déboussolé, il ne rentre jamais dans le cadre dans la dernière partie du film, constamment obsédé par la guerre. Un exemple fort : s'il arrive à tuer son cerf lors de la première partie de chasse, lorsqu'il revient au pays lors de la deuxième partie il n'arrive plus à tuer le moindre animal (d'où le titre américain 'le chasseur de daims'), s'il arrive à s'en sortir miraculeusement d'une première roulette russe, il n'arrivera pas à sauver son ami dans la deuxième. Les scènes mythiques sont les scènes de la roulette russe, qui sont des moment d'anthologie et inoubliable de cruauté et de dureté implacable montrant tout l'horreur de la guerre qui va transformer à jamais notre trio de copains : l'un reviendra du Vietnam mais ne reprendra plus jamais gout à la vie, un autre deviendra un blessé meurtri, et un dernier perdra complètement la tête, sombrant dans une folie destructrice. Ces scènes choquantes sont les éléments clés de cette histoire, qui nous permettent de déterminer les vrais caractères des personnages et de donner aux acteurs une prestation incroyable de tension et de souffrance (De Niro est époustouflant, peut- être le sommet de sa carrière !). Les dernières scènes du film, de la confrontation finale exceptionnelle entre Walken et De Niro au "God Bless America" très froid et triste, Voyage au bout de l'enfer est un monument qui vous retourne le cerveau, une oeuvre titanesque qu'il faut avoir vu dans sa vie de cinéphile.
En un seul qualificatif : un chef d'oeuvre.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 230 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de Matt Fox Voyage au bout de l'enfer