Bruits de coups et odeur du billet vert : Tout pour réveiller la Belle au Bois Dormant

Avis sur Waking Sleeping Beauty

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Il en aura fallu, des bruits dans la chambre, des coups de trompette et un monceau de billets verts pour la réveiller, la belle endormie. Et du temps. Dix ans, exactement. Avec Don Hahn à la manoeuvre, qui connaît la maison comme sa poche, Waking Sleeping Beauty dresse un état des lieux inquiétant et jette un coup d'oeil dans les coulisses mouvementées d'un studio sur la corde raide au cours des années 80.

Elles sont rythmées par les coups bas et les querelles d'égo, de l'énergie de petits patrons qui veulent tout révolutionner, histoire de laisser une empreinte à côté de celle du grand Walt. On roule des muscles dans un match de catch entre Roy Disney, Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg. Il est ici très peu question d'artistique, de création, ni même d'animateur. Non, dans Waking Sleeping Beauty, il y a beaucoup de confrontation, une pointe d'aigreur ainsi qu'une approche purement économique et marketing de ce qui fait rêver les enfants dans les salles de cinéma.

Waking Sleeping Beauty décrit un monde où l'animation ne semble être qu'un trou sans fond et l'héritage d'un studio qu'un fardeau dont on voudrait bien se débarrasser. Où la réussite n'est mesurée qu'à l'aune du tas de billets verts sur lequel on a le cul posé ou l'importance du poids des produits dérivés que le film génère dans le sillage de son succès. La bouche du banquier cynique dit que Taram et le Chaudron Magique, à l'époque, toucha le fond. Il oublie simplement de dire que Disney a exploité un film mutilé dont le studio renia la noirceur sous la férule d'un Jeffrey Katzenberg castrateur qui n'a que l'argent et la rentabilité comme totems, son sourire carnassier et ses colères en guise de carte de visite.

C'est peut être cela le plus inquiétant : que des mercenaires s'immiscent dans la création. Qu'on dise qu'Oliver & Cie est un succès car il a dépassé, question retour sur investissement, le projet concurrent sorti le même jour. Pourtant, fort de ce "succès", Georges Scribner, son papa officiel, a immédiatement sombré dans l'anonymat, pendant que son éphémère co-réalisateur était viré à coups de pompes dans le train parce qu'il s'opposait à un autre mercenaire de la maison de Mickey, Peter Schneider. Tout aussi étonnant que le même Scribner se soit retrouvé réalisateur uniquement parce qu'il cirait bien les pompes, de l'aveu même de celui qui les présentait sous son nez.

Ce cynisme a de quoi, parfois, faire froid dans le dos. Et il est d'autant plus miraculeux que Disney ait pu accoucher de succès en série dans les années 90, même si Don Hahn passe charitablement sous silence certains accidents de parcours (Bernard et Bianca au pays des Kangourous, Dingo et Max). Le spectateur pourra se rendre compte que ce renouveau est surtout le fruit d'influences extérieures : Katzenberg, malgré un égo démesuré et une certaine radinerie, Howard Ashman ou encore Alan Menken.

Si Waking Sleeping Beauty apporte son lot d'anecdotes, parfois amusantes, souvent guère rassurantes sur l'atmosphère qui règne dans le studio, si certaines confessions étonnent et que presque tout le monde en prend pour son grade, même Howard Ashman, très chatouilleux quant à ses créations, une absence est cependant des plus criantes, voire assez décevante de la part de Don Hahn. C'est celle des animateurs ou encore des réalisateurs. En effet, Glen Keane, Andreas Deja, Gary Trousdale, Kirk Wise, John Musker ou Ron Clements ne font que passer ou sont tout simplement absents. De la même manière, un voile pudique sera posé sur le départ de Tim Burton, que l'on voit cinq secondes à l'oeuvre sur Rox et Rouky, et qui a l'air de s'emmerder comme un rat mort. Don Bluth, lui, sera présenté comme un traitre qui aura fini un studio à terre à coups de pied. La démarche est étonnante de la part de Don Han, qui nous prive ainsi de l'éclairage d'hommes de l'intérieur et du sérail, dont les témoignages auraient, à coups sûr, été aussi intéressants que l'aspect politique traité, apportant un contrepoint humain et artistique sur les conditions de travail à l'ombre des querelles d'égo.

Qui a dit que le fric primait toujours sur le créatif ?

Behind_the_Mask, qui la réveillerait bien d'une autre façon, la Belle au Bois Dormant...

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