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Warcraft : Le Commencement par Lomig

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Difficile que la critique de ce film. Je suis arrivé au cinéma avec un Mantra en tête : « Please don't suck, please don't suck, please don't suck... » (oui, je mantraïse autant en Français, Anglais, ou Breton. Ca pourrait m'arriver en Allemand, mais pour une raison mystérieuse, ce n'est jamais le cas.) Et je ne sais pas si cela a eu un effet quelconque, mais je suis ressorti satisfait de ma séance sur ce point. Le film ne suçait pas. De là à dire qu'il brillait, c'est une étape que je ne peux franchir...

Avant toute chose, je me dois d'avertir être affilié à Blizzard Entertainment (mais pas à Universal), et que les propos tenus ici me sont pour autant propres, et mon avis tout personnel. Maintenant que j'ai accompli un devoir de transparence bien salutaire, tentons d'apporter ma voix à la défense comme à la défonce de ce film.

Car oui, Warcraft (ce titre français de Warcraft : Le Commencement me gêne) alterne les hauts et les bas.

Dans le milieu de l'édition, les spécialistes de Fantasy ont une remarque assez pertinente régulièrement aux personnes se voulant écrivains et présentant leur texte : « Non, votre partie de jeu de rôle ne fera pas une bonne histoire. ». Le scénario épique autour de votre table, dés à la main, n'est épique que parce que vous avez eu une influence sur son déroulement, parce que vous avez une implication émotionnelle avec les personnages, parce que le récit tient de l'oral et de l'improvisation, et donc que les trous, le manque de profondeur relative, ou l’enchaînement de scènes stéréotypées sont plus facilement oubliés, voire sont encouragés pour ce qu'ils apportent immédiatement aux joueurs en termes de repères pour s'intégrer à l'action.

Et bien de temps en temps, Warcraft ressemble à une partie de Donjons & Dragons qu'on aurait voulu raconter à autrui. Ça lui donne un rythme très étrange, syncopé, qui dénote de nos habitudes cinématographiques. Mais à d'autres moments, l'histoire est profonde et puise allègrement dans l'univers riche et complexe de Warcraft, et l'ensemble est mis à l'écran avec la légèreté et la délicatesse d'une pièce d’orfèvrerie.

De temps en temps, les acteurs ne sont pas justes et semble inhabités, sinon par leur rôle, déjà tout court... Et dans d'autres scènes, les mêmes comprennent d'un coup ce que les personnages vivent, et ce qu'ils devraient ressentir, et le portent à l'écran de manière éclatante. J'adresse mes félicitations à Khadgar qui est le personnage le plus constant, et réussit à tenir ses scènes à chacune de ces apparitions à l'écran.

De temps en temps le fond bleu et le CGI hurlent à l'écran. Un Narnia en pire, des décors qui malgré leur grandeur deviennent étouffants... Et sur d'autres scènes, tout est magique, réel et numérique subtilement mêlés, et de plus belle facture que n'importe quelle image sortie d'une caméra du Seigneur des Anneaux ou d'Avatar.

De temps en temps, la musique arrive avec la légèreté d'un camionneur au mauvais endroit, au mauvais moment... et à d'autres, elle semble se rappeler que Blizzard est LE maître incontesté de la musique dans le monde du jeu vidéo, et renforce le côté épique des scènes qu'elle appuie.

De temps en temps le film reste trop conforme à la Lore, l'histoire canonique déjà écrite dans les différents jeux, livres, et bandes dessinées sur le monde de Warcraft, et va perdre les non initiés sous une avalanche de noms et de références, de non-dits et de raccourcis.

De temps en temps, le film ne respecte pas assez la Lore et va perdre les initiés. Insister trop lourdement sur des choses que tout le monde avait compris, mais qu'on répète au cas ou parce que tous les gens ne sont pas des joueurs, modifier l'histoire pour des raisons techniques ou pragmatiques d'une mise à l'écran, tout cela passe. Cependant certains changements comme le changement d'une histoire d'amour qui pourrait s'avérer capitale à l'avenir, l'absence de malédiction pesant sur Khadgar à la fin de cette pérégrination restent d'un autre côté peu compréhensibles.

De temps en temps, le film manque de cohérence interne, avec 2 000 humains écrasés en deux/deux par la Horde (et c'est heureux), et la scène suivante un humain seul sur un griffon qui met à mal et tient en respect ceux qui ont massacré ses semblables. Mais que n'envoie-t-on pas juste 4 griffons, et hop, on résout le problème de cette invasion définitivement ! Et à l'opposé, la scène suivante met en scène cet humain en combat singulier qui gagne par adresse, agilité, ruse, et à toute vitesse face à une brute verte gigantesque. On s'attendait à un n-ième poncif du cinéma hollywoodien, le long duel à mort de 20 minutes, pinacle du film, mais il s'agissait bien là de la seule manière "réaliste" de gagner un tel duel.

Et c'est d'ailleurs toute la surprise, aussi. De temps en temps, ce film s'éloigne des clichés hollywoodiens, ne s'approche pas des clichés de film d'auteur, saisit l'intelligence d'un film à petit budget, se donne les moyens d'un film à gros budget. Je ne pensais pas avoir en sous-texte une fable écologique, et j'en ai eu des prémisses. Je ne pensais pas voir traiter les sujets d'actualité comme les migrants, le racisme... Et pourtant c'est là. Je ne pensais pas voir une façon si naturelle et intelligente de mettre en image le fait que deux peuples ne parlent pas la même langue, tout en faisant comprendre les deux factions au spectateur. Je ne pensais pas que ce film montrerait la plus grandiose gestuelle d'invocation de sort, et le meilleur habillage de la magie de toute l'histoire du cinéma -- Je pèse mes mots... Et pourtant rien que l'ouverture de portails de téléportation est un événement jouissif à voir.
Je ne pensais pas non plus qu'on puisse donner du temps de caméra à la Horde et à la rendre sympathique tout en faisant en sorte que l'Alliance le reste pour nous également.

Le plus gros point faible de ce film est d'être construit comme une série, et de vouloir introduire un univers monumental. On assiste à une sorte d'épisode pilote qui, quand il se rappelle être un film, va trop vite pour pouvoir raconter tout ce qu'il avait en tête. Indépendamment, ça le dessert. S'il s'avérait être le premier épisode d'une fresque plus vaste, avec à sa tête un Duncan Jones suivant sa vision initiale mais ayant appris de ses erreurs, ce premier film peut devenir formidable rétrospectivement.

Alors, bon...

De temps en temps, ce film est raté.
La plupart du temps, il n'est pas trop mal.
Parfois, il est juste sincèrement génial, et se permet de l'être à chaque fois dans une catégorie différente.

En sortant de la salle, je lui aurais mis 6. Une semaine après, je lui mets finalement 7. Je pourrais complètement m'imaginer lui mettre un 8 d'ici quelques jours. Ou décider que non. Je comprends un 4, je pourrais accepter un 9. Difficile, que la critique de ce film.

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