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Watchmen : Les Gardiens par batman1985

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Il est déjà tard dans la nuit quand je décide de regarder ce film, environ 2h du matin. 2h45 plus tard. Je sors le Blu-Ray du lecteur. Je ne réalise pas encore la claque que je viens de me prendre. L'armée des morts était annonciateur de bonnes choses. 300 se plaçait sous le signe de la confirmation. Watchmen est la consécration. Snyder vient de démontrer qu'il est un grand.
Pourtant, dès le départ, son dernier opus n'avait rien pour me plaire. Je n'aime pas les films de super-héros (hormis le Batman de Nolan) et dans une très moindre mesure, Spider-Man de Sam Raimi. En fait, je déteste le genre. C'était vraiment mal parti pour le dernier Snyder...
Derrière ces allures de film grand public pour ados pré-pubères qui seraient excité à la vue de cette affiche, se cache une oeuvre profonde remettant énormément de choses en cause, relisant le passé des USA, analysant le présent et ose espérer un futur radieux (en fait, Snyder propose une lecture multiple quant à l'avenir de l'humanité, mais soyons optimiste dans la vie, pour une fois). Le temps est un élément important dans ce film et il va être bon de l'analyser un peu plus en détail. Avant tout, il faut signaler qu'il y a un narrateur et que dans la majorité du film, les événements racontés se sont déroulés. Pardonnez les oublis qu'il risque d'y avoir mais c'est une oeuvre réellement riche. Pour ceux qui n'ont pas vu Watchmen, la suite est composée de spoilers.

Le passé

Snyder est un bon américain patriote. Certains l'ont même jugé qu'il l'était un peu trop, parce qu'il avait osé avouer que c'était un républicain. Pas de chance, il le fait au moment où sort 300, oeuvre qui parle de Sparte combattant l'invasion des Perses. Beaucoup avaient porté au pilori le metteur en scène parce qu'ils y voyaient là une atteinte aux Iraniens ou aux Irakiens, les premiers étant peut-être les prochains adversaires armés des USA, les seconds étant ceux qu'ils combattaient au moment de la sortie du film.
Un peu de la même manière que ne l'avait fait D.W. Griffith, avec Intolérance, après son Naissance d'une nation, Snyder veut prouver à ceux qui l'ont critiqué, qu'il n'est pas le fourbe avide de guerre qu'il est. Il le prouve directement avec son auto-référence et la chambre 300. Et c'est alors qu'il remet en cause certains éléments marquants de l'Histoire de son pays. Il va même la réécrire, donnant par là aussi quelques-unes de ses opinions. Deux ou trois sont à ressortir du lot. L'assassinat du Président Kennedy, que Snyder fait clairement passer pour un complot. Ou tout du moins, il juge qu'Oswald ne devait certainement pas être seul. Le Vietnam ensuite, et c'est probablement l'événement le plus important pour le réalisateur qui fait dire à travers un des personnages: "Perdre cette guerre nous aurait rendu fou".
C'est aussi l'histoire de super-héros que le gouvernement américain aimait utiliser. Malheureusement pour eux, Richard Nixon, qui en est à son troisième mandat, à décider de se passer de leur service. Ce sont désormais des has-been, vivant dans leurs souvenirs de leurs exploits ainsi que de leurs prédécesseurs.
Le Comédien qui se fait assassiner dès le début du film avait perdu la foi en son pays. Lors d'une manifestation, il tue un des protestataires en parlant du rêve américain. Celui-ci est mort, brisé à jamais. Ce sont des gens qui ont perdu la foi.
Il est également bon de rappeler que dans les comics, l'action se déroule au milieu des années 80, en pleine Guerre Froide. Pourtant, Snyder préfère adapter son film à notre époque, rendant ainsi certains symboles encore plus fort.
Un exemple? Les Tours jumelles du World Trade Center planent encore sur New York. Les plans contenant une vue de celles-ci sont assez nombreux. Avec le passé revisité, la catastrophe n'a jamais eu lieu.

Le présent

Il est évident que nous devons parler d'un temps qui nous est contemporain et non celui des années 80. Les différents événements précédents nous ont permis de comprendre que l'Histoire avait changé. La Guerre Froide n'est pas encore finie. Pire encore nous sommes au bord d'une explosion nucléaire. Suite à la mort du Comédien, Rorschach commence une enquête. Il parle d'un temps révolu. Il cherche des solutions. Nos super-héros sont bien plus humains que l'humanité elle-même, réduite à cette lutte fratricide. Rorschach et les autres ressentent des sentiments, dépriment, commettent des erreurs et tuent.
Mettons un peu de côté notre enquêteur et parlons désormais de deux autres supers-héros: Le Hibou et Le Spectre Soyeux. Nos deux amis sont également retraité, mais suite à quelques événements, ils vont être appelé à travailler ensemble. Mais également à s'aimer. Et c'est avec une de ces scènes, qui est d'ailleurs assez drôle, que Snyder va démontrer que ces super-héros ressentent plus de choses que les humains classiques. Ainsi, Le Hibou et Spectre Soyeux vont avoir une relation sexuelle lorsqu'ils seront dans leurs habits de tous les jours... Pas de chance, Le Hibou ne devait pas être en forme ce soir-là... C'est après une mission de sauvetage que nos deux protagonistes vont enfin parvenir à leurs fins avec comme arrière-fond musical un Alléluia. Ils vivent très mal leur retour à la société de tous les jours. Le Hibou rend souvent visite à un autre super-héros qui lui raconte ses vieux exploits. Spectre Soyeux ne parle plus à sa mère, ancienne super-héroïne, elle-aussi.
Il nous reste à découvrir deux personnages, et non des moindres. Premièrement, il y a Ozymandias, l'homme le plus intelligent du monde. Il a été le premier à révéler sa véritable identité. Il a également été celui qui a le mieux réussi sa reconversion dans le monde de tous les jours. Il dirige une société. Il est celui qui va remettre en question tout le mode de fonctionnement de l'être humain avec notamment une critique de l'utilisation qui est faite des énergies comme le pétrole. Place au vert, Snyder est tendance.
Il est enfin temps de parler du personnage qui est peut-être le plus capital de l'histoire: le Dr. Manhattan. C'était avant un être humain comme les autres, un physicien qui effectuait des recherches de type nucléaire. Un incident va totalement le désintégrer avant de le revoir revenir plus tard à la vie. C'est avec lui que l'avenir de l'humanité va se jouer. En fait, le Dr. Manhattan n'a pas la même notion du temps que nous. Il est capable de ressentir à la fois le passé, le présent et le futur. Le hic, c'est que quelque chose le brouille dans sa vision du futur. Pour les humains ordinaires, c'est une sorte de Dieu. Cependant, il va être accusé de bons nombres de maux de la société, d'être responsable de la mort de gens, et on en passe. Il va décider de quitter notre planète, de la laisser à notre triste sort et se rend sur Mars, où il aura également une toute autre perception des choses. C'est également les moments du film qui sont le plus philosophiques et qui remettent totalement en cause la notion du temps, que nous humains avons faits.
Enfin, le temps présent est signifié par cette horloge annonciatrice de l'apocalypse qui se rapproche de plus en plus des douze coups de minuit...
Et elle est beaucoup plus proche qu'on ne le pense. Le Dr. Manhattan pense à laisser la planète disparaître. Les humains ne méritent pas de vivre. Pourtant, la catastrophe ne viendra pas d'eux. Elle ne viendra pas non plus du Dieu. C'est un autre, qui estime que le sacrifice de millions d'hommes permettra de voir une renaissance de l'humanité. L'homme et sa folie l'entrainent petit à petit à la destruction. Snyder en est conscient et s'imagine que c'est lorsqu'on connaîtra la mort de centaines de milliers d'êtres vivants d'un seul coup que l'être humain se remettre enfin, et dans son entièreté, en question. Le Dieu va devoir se sacrifier aussi. Mais il va être celui qui va permettre la réunification de l'homme dans un même but: combattre celui qui pourrait mettre fin à l'humanité.
C'est aussi par le mensonge, la mort d'autres personnes, par le fait qu'un des gardiens décide de combattre l'humanité et non de la défendre que cette dernière trouve son salut. Quiproquo incroyable puisque tous les super-héros sont logiquement là pour nous défendre, nous aider. Nous devrons cette fois ne compter que sur nous-mêmes pour nous en sortir.

Le futur

Snyder espère un futur meilleur. Lorsque les événements se sont produits et que des millions de gens sont morts, des choses nouvelles apparaissent. Alors que le film baignait dans une atmosphère sombre en permanence, le soleil resurgit pour la première fois. Spectre Soyeux reparle enfin à sa mère. Le sigle du bonhomme qui sourit est pour la première fois sans sang. L'humanité se reconstruit, main dans la main, vers des jours meilleurs.
Mais en une seule image, le metteur en scène nous avertit d'une chose. Le futur peut être rose mais il est fragile. De petites choses risquent de le mettre en péril. Ainsi, cette image sur le livre demeure une fin extrêmement ouverte même si Snyder a fait son choix et ose espérer une humanité en paix...

Conclusion

L'oeuvre de Snyder est donc très riche. Dans tout ce que j'ai parlé, des choses ont été oubliées. Toujours est-il que le metteur en scène se pose des questions sur nous, remets en cause notre temporalité, ce qui fait notre vie, ce qui fait son pays. C'est un homme qui ose, qui n'utilise cette fois-ci que très peu le slow-motion, qui est servi par des comédiens très bons bien que peu connus et qui s'associe encore une fois de Tyler Bates pour une composition musicale en finesse, s'accordant très bien au film. En plus des titres d'autres artistes connus... Watchmen est probablement l'une des oeuvres les plus riches de cette décennie. Et dire que ce film avait au départ tout pour me déplaire...

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