"That guy needs a sun lamp like Fred Astaire needs dancing lessons."

Avis sur Watermelon Man

Avatar Morrinson
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Melvin Van Peebles est avant tout connu pour avoir initié le registre de la blaxploitation avec le bordélique et rageur Sweet Sweetback's Baadasssss Song, tourné comme un porno cheap de l'époque tout en conservant un ton dur et sérieux, dans lequel il incarnait lui-même un orphelin en fuite après avoir sauvé un membre des Black Panther d'un lynchage par des policiers blancs. Mais un an avant ce jalon cinématographique, il réalisait Watermelon Man, une comédie satirique montée comme une fable aux traits épais dans laquelle un homme blanc issu des classes aisées, raciste ordinaire, se réveille un matin... noir. Le rêve de Nino Ferrer, en somme, mais le cauchemar absolu pour le protagoniste qui subira, évidemment, la ségrégation de plein fouet.

Van Peebles n'y va pas de main morte dans l'utilisation et le détournement de clichés autour de l'opposition entre Blancs et Noirs, et c'est ce qui constituera la principale limitation d'une telle comédie. Drôle une fois que le phénomène d'inversion de couleur de peau se produit, mais très long dans sa séquence d'exposition (plantant le décor de la famille blanche aisée pendant une demi-heure) et très poussif dans sa dernière partie, à bout de souffle à force de répétition du même ressort comique. À noter toutefois que le film trouve ses prémices dans le travail autobiographique de John Howard Griffin, Black Like Me.

Le très bon argument du film, c'est la présence de Godfrey Cambridge, incontestablement. Son maquillage pour le faire passer pour un Blanc laisse à désirer dans la première partie, mais son interprétation d'un vendeur d'assurances trop sûr de lui est vraiment mémorable. Il fait passer la pilule des répétitions, des clichés, et de ce petit côté humour de sitcom. C'est en grande partie grâce à lui que les péripéties qui lui arrivent passent en douceur, comme ses amis et sa famille qui le rejettent, l'attrait soudain d'une collègue norvégienne, et l'opportunité que son patron trouve dans la nouvelle part de marché (la communauté noire, donc) qui s'ouvre à lui. Et derrière la façade comique, on ne retrouve à aucun moment la rage de Sweet Sweetback's Baadasssss Song, mais la provocation est tout de même solidement ancrée, dans un registre totalement différent.

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