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Avis sur Whiplash

Avatar Nobuhiro
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Amateur compulsif de musique, j'ai eu un immense bonheur a vivre ces moments de jazz, mais surtout ces instants ou la musique ne veut pas se laisser dompter et qu'a force de travail et de souffrance, le musicien - fut-il en herbe- s'approche de son expression la plus authentique, celle qui vous transporte grace a tout ce qu'elle possede en elle, genereusement offert par le compositeur et l'interprete, fruit d'accouchements souvent longs et difficiles.

Dans ce film, cette quete de l' Interpretation avec un grand I, - sans egal - comparable a l'oreille absolue que certains ont et que les autres n'auront jamais, est pretexte a une confrontation bien tenue par les 2 principaux protagonistes. L'un (J.K. Simmons) porte tres bien ce personnage sec, qui utilise l'humiliation comme moteur pour faire avancer ses 'potentiels disciples', ou exclure le 'reste'. L'autre (Miles Teller) plutot rond est tres convaincant pour incarner celui qui use de sa volonte de sortir de la masse pour amortir les coups de 'fouet' a repetition du maitre. L'ambiance du vase clos qu'est l'atelier de musique est bien servie par une lumiere soignee, une image maitrisee et des enregistrements qui donnent envie de battre le rythme du pied... Nombreux ont ete les moments ou l'ensemble est arrive a me tendre comme une corde de piano, avec ci des frissons, la de la rage provoquee par le ressenti de ce qu' endure l'apprenti pris au piege entre volonte de s'impregner de tout ce que le maitre peut lui transmettre et rejet de ses humilitations.

Alors pourquoi me limiter a 7. Tout d'abord, a cause de cette lancinante petite musique du 'dejavou' comme disent les americains que ce film declenche dans ma tete ..evidemment, Full Metal Jacket refait surface, et quelques autres aussi... sans doute aussi parce que les ficelles se voient un peu trop... d'un milieu modeste sans aucun lien avec la musique, aux valeurs typiques des USA (football, etudes brillantes...) ce jeune veut prouver qu'il peut etre quelqu'un en suivant un autre chemin. Le 'maitre', lui, pense n'avoir plus rien a prouver ni a perdre jusqu'a ce qu'il croise celui qui va lui resister et qui mettra a nu, par un jeu de miroir, ce qui a ete sacrifie pendant de tres longues annees pour devenir un 'Grand' reconnu et craint de tous.

Mais surtout, le final en 3 bandes - si impressionnant soit-il musicalement et d'un point de vue cinema - etait-il aussi un peu trop attendu, qui donnera le tempo? le maitre ou l'eleve? facture trop simple je trouve... chacun veut y jouer son solo, alors qu'un orchestre reste une equipe dont chacun est une piece clef pour une interpretation sans faille. La survient l' invraissemblance dans le scenario... comment en effet, le maitre tombe dans la disgrace, qui n'a d'ambition que d'etre 'the one and only', reconnu comme celui qui construit, et hisse au rang de premiere, la meilleure formation de jazz des US et donc du monde comme il le dit lui meme, peut-il consciemment saboter cette chance de briller de nouveau au JVC, devant un public exigeant, denue de toute bienveillance - comme il l'explique lui meme aussi -, en lancant comme premier morceau d'ouverture du festival, un titre inconnu du batteur qui n'en a pas la partition??? L' ego ne peut etre musele, et il ne perd pas les commandes si facilement...

Enfin une petite note de deception independante du film originel, les sous-titre en francais sont un desastre!... las, les traducteurs ont aplati le relief des mots qui sifflent en sortant de la bouche de Fletcher, et quel dommage que la projection numerique elle aussi aplatisse la dynamique des images et ait encore plus de difficulte que le 25 images/sec classique a transcrire le rapide mouvement des baguettes...

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