WHIPLASH – 15/20

Avis sur Whiplash

Avatar Thibault_du_Verne
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A contre-courant des codes du genre, Damien Chazelle livre un film aussi martial que musical, filmant l’apprentissage du jeune Andrew dans un style plus proche de Full Metal Jacket que celui de Fame. La passion, l’enthousiasme laissent place à l’obsession et l’ambition. L’échec n’est pas une option, quitte à y laisser sa peau. Sous la direction de Terence Fletcher, professeur tyrannique, l’adolescent dépose ses tripes, déverse son sang et sa sueur sur sa batterie, jusqu’à maîtriser le bon tempo, encaisse les coups et les humiliations. Et Whiplash de questionner sur la frontière entre la quête de l’excellence et le harcèlement, la motivation et la perversité.

En dessinant des personnages complexes, Chazelle brouille les pistes et ne les enferment pas dans des stéréotypes. Andrew ne se révèle pas aussi docile qu’on pourrait le penser, ses motivations pas aussi claires. Se bat-il pour la musique ou parce qu’il veut prouver qu’il vaut mieux que ce que sa famille pense de lui ? Fletcher est-il un professeur surdoué, découvreur de génies du jazz ou un musicien raté, qui déchaîne ses frustrations sur de jeunes musiciens qui deviennent ses victimes expiatoires ? Le réalisateur ne répond jamais tout à fait, déroulant un scénario limpide et direct. De même qu’Andrew veut se concentrer uniquement sur son entrainement sans laisser aucun élément extérieur parasiter son apprentissage, Chazelle se concentre sur l’affrontement entre le jeune homme et son mentor, évitant de s’attarder sur des intrigues parallèles qui auraient alourdi et affaibli son propos. C’est d’autant plus judicieux que sa mise en scène inspirée et vibrante nous fait ressentir chaque note, nous impose le tempo de chaque partition et vivre chaque morceau comme une bataille, et cela même si comme moi, le jazz vous laisse froid d’ordinaire.

Il filme la musique de façon euphorisante, s’appuyant sur un découpage des plans virtuose, illustré par une scène finale au climax asphyxiant, une conclusion dantesque d’une intensité folle, que l’on vit en apnée et qui vous laisse le souffle coupé. Dans la peau martyrisée d’Andrew, Miles Teller se révèle habité et absolument convainquant. Face à lui, J.K. Simmons incarne l’autorité et la folie avec subtilité et nuances, évitant le piège de la caricature. Une confrontation ébouriffante aussi psychologique que physique.
Whiplash est une expérience musicale viscérale. Et une jolie découverte bourrée de ciné. 2014 se termine bien.

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