Du malheur d'être (un peu) riche

Avis sur Winter Sleep

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Des petits propriétaires confortablement installés dans leur hôtel du fin fond de l'Anatolie sont confrontés à cette grande question si périlleuse (déjà un peu abordée en des termes proches dans Les Misérables de Zola par exemple) : pourquoi y a-t-il des riches et pourquoi y a-t-il des pauvres ? Qu'est-ce que les valeurs, la morale et la bonne conscience lorsqu'on fait partie des « privilégiés » ?

Les deux femmes des lieux, Necla et Nihal, profitent de l'ennui hivernal pour troubler avec ces questions existentielles Ayden, respectivement leur frère et leur mari, ancien comédien aux soixante ans passés coulant une vie paisible passée à étudier (il écrit un livre sur le théâtre turc).

Au cours de longs dialogues et d'échanges réalisés entre les protagonistes principaux et ceux-ci et les des villageois du coin (dont des locataires en retard sur leurs paiements) ainsi que les quelques touristes encore présents, la question est abordée sous tous les angles, en maintenant toujours une tension existentialiste palpable. Et chaque personnage, ayant son propre positionnement, est disséqué froidement, avec une grande lucidité, et placé dans une position qui reste toujours ambigüe, imparfaite.

L'argent, l'ennui, la facilité, l'oisiveté et tous leurs contraires participent au même sentiment de vide insatiable — le malheur, est-ce la chose la plus partagée, finalement ? Le bonheur ne réside-t-il pas, en fin de compte, dans l'adversité, les épreuves, la douleur ?

C'est à ces conclusions qu'on peut sans doute arriver, au terme des trois heures passées dans des paysages hivernaux magnifiques. Les thèmes abordés sont finalement assez classiques — c'est une vieille critique de la vacuité et de l'ennui du monde moderne —, mais abordés d'une façon complète, précise et très juste. (le réalisateur saisit très bien la réalité sociale des protagonistes et de leurs relations) On en ressort pensif, peut-être chamboulé — et la poésie hivernale de la photographie n'y est pas pour rien. Une bonne occasion de questionner ses idéaux politiques ou philosophiques...

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