Winter's Bone, une misère batailleuse.

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Winter's Bone, une misère batailleuse.
Au fond du Missouri, ce n'était autrefois, au son des banjos, qu'une simple enfant, imaginant les étoiles scintiller dans la voix de sa mère, comme une berceuse grinçante, maintenant, il lui reste à se sécher le visage, veiller impavide sur sa fratrie, donner de la mauvaise bouillie aux chiens, nettoyer rapidement la chevelure de celle qui lui avait donné vie, pendant que le frère a trouvé un chiot dans la forêt. 7+2=9, maintenir la tête contre l'épaule, en avant, marche !
Bateaux abandonnés dans le foin, les fermières pèsent 100 kilos, donnent des conseils froids accompagnés d’un regard fourchu, les barrières gardent des pouliches et des souvenirs. Ree coupe des bûches et accueille le sheriff, lui dit que son père est sorti de prison, qu’il a engagé la maison et le terrain pour la caution, il faut le prévenir de la gravité de son arrangement, éplucher des patates, de quoi faire un ragoût, du bois, ce n'est pas de refus, on se regarde de travers, on porte des casquettes étoilées aux couleurs du pays, éviter de provoquer du bruit. Il faut le faire venir au Tribunal, sinon les autorités embarqueront la caution, ils sont tous liés, et certains finissent bouffés par les cochons, personne ne veut s'embrouiller, il faut juste la fermer, prendre un joint pour la route, les cabanes ont des airs de petites morts en bois, les linges pendus devant les tracteurs rouillés mouillent tristement les sols, donner un trognon à l'âne de service, les cornes de cerf sont inutilement décoratives, voitures défoncées, fumées de grillade et antenne satellite pour oraison.
Thump Milton doit savoir, et il fout la trouille justement parce qu'il sait, et qu'il vit dans la montagne, la fille de Jessup Dolly veut le rencontrer, alors elle attend en vain près de son poulailler, qu'il daigne dire. Faux papillons, faux enfants accrochés aux branches, le dernier endroit où l'on a vu Jessup, ce serait une décharge à voitures. Un tas de poison orné de mauvaises herbes, apprendre aux gamins à tirer, à viser le centre des bouteilles, à s'agenouiller devant les viseurs comme pour prier, leur apprendre à survivre, dans le vent qui souffle, on écoute la brise qui murmure des images, on voudrait voler droit comme un oiseau, on se passerait de toutes ces histoires de prison et d'argent, de croisements de hasards, pour se rabibocher, mais tout le monde est reparti chacun de son côté, il faudrait vendre le vieux bois avant que l'état ne prenne tout, que la brume s'empare des lieux. Le service des cautions se pointe désormais à la porte, encore une semaine avant l'expropriation, alors elle revient questionner là où il ne fallait pas, elle a deux gosses à nourrir, sa mère est malade, on va lui prendre sa maison, elle va être chassée, on la bastonne pour l'aider à accepter son sort. Rien ne compte que la misère qui s'impose à tous. Cicatrices, hématomes aux lèvres, Ree Dolly n'a qu'une issue, s'engager dans l'armée, ça rapporte, mais elle n'a que 17 ans, ça prend 5 ans minimum et il faut veiller sur les autres, attendre, plus qu'à chercher de la terre fraîchement retournée, nulle part. Le givre pousse sous les branches, on aurait trouvé la dépouille du paternel, à elle de vérifier, lampe-torche, tronçonneuse, flammèches, on découpe la dépouille, fournir les preuves aux autorités, elles les feront analyser, entre deux airs de banjo.

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