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Huit ans après le plutôt bon brûlot politique Une famille respectable, qui valut à son réalisateur quatre ans de procédure judiciaire en Iran, Massoud Bakhshi remet une pièce dans la machine et repart prendre le taureau par les cornes.

Et si le squelette de l'intrigue est un peu naze (un énième fait divers crapuleux sur fond d'héritage), le morceau de société que l'on prend sur le coin de la gueule vaut carrément le détour.

Oui car il ne faut surtout pas faire l'erreur de prendre Yalda, la nuit du pardon pour un film de procès. Le coeur de son sujet étant non pas ses personnages mais le système parfaitement révoltant, mélange d'extrémisme religieux et de capitalisme en roue libre, qui entoure la peine capitale dans la charia.

En effet, dans le droit musulman, la loi du talion a encore cours (oeil pour oeil, dent pour dent) et les morts, même accidentelles, entrainent automatiquement la condamnation à la peine capitale du coupable. Toutefois, celle-ci peut être évitée si la famille de la victime pardonne le condamné qui doit en échange lui payer le "prix du sang", soit une somme d'argent d'à peu près 35 000 euros, l'équivalent de dix ans de salaire moyen.

Yalda nous présente l'histoire d'une jeune femme qui participe à une émission de télé en direct afin d'obtenir ce pardon dont dépend sa vie. La situation de l'héroïne, liée à 18 ans avec un homme de 65 par un "mariage bidon" pour que l'homme ne commette pas le péché de luxure (...) fait déjà froid dans le dos, mais c'est cette émission, mélange de télépoubelle hypocrite à l'excès, avec son producteur voulant faire craquer ses invités pour de l'audimat, la déco kitsh, le présentateur bellâtre au regard d'huitre, les votes par sms et les invités tout sourire venus chanter de la pop ou réciter des poèmes mielleux qui enfoncent le clou. On comprend devant cette dégueulasserie que même Orwell ou Black Mirror n'ont pas osé inventer que le film est au drame judiciaire ce que Starship Trooper au film de guerre, une quasi-parodie, oeuvre uppercut qui se transcende dans son glaçant second degré de lecture. La Star'ac des condamnés à la pendaison... et le pire, ce qu'il est fondamental de savoir, c'est que cette émission existe bel et bien en Iran depuis 2006. Que Yalda est la première vraie critique de ce programme ultra-populaire.

Quelques jours après un sondage affirmant que 55% de bons français s'assoient sur leur histoire et sont pour le retour de la peine de mort, Yalda arrive comme un memento mori sociétal salutaire. Pas exceptionnel pour son intrigue, un peu trop gourmand sur les sujets traités puisqu'il semble vouloir montrer la totalité des problèmes du système Iranien quitte à être inégal, avec des acteurs qui jouent pas vraiment comme chez Farhadi, Yalda est néanmoins une fascinante plongée en apnée dans l'océan très noir de la cruauté humaine.

Du pur thriller sans en avoir l'air qui se base brillamment sur une émission de téléréalité iranienne, ce malsain désarmant est à confronter sans hésiter.

Cinématogrill
8
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Cinématogrill
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