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Your Name. par l'homme grenouille

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Ah ça ! Finir l’année avec un petit bijou comme ça : ça fait vraiment du bien ! En plus, merci à ce « Your Name » parce que, l’air de rien, il me réconcilie aussi avec l’animation japonaise ! Bah oui, moi, ces dernières années, mes expériences au ciné en termes, d’animation japonaise se sont souvent conclues par de sacrées douches froides : « Le garçon et la bête », « Le vent se lève », « L’île de Giovanni » ; autant de tristes désillusions qui m’ont fait perdre progressivement espoir… Quand ce n’était pas creux, c’était moche, et parfois c’était même les deux à la fois ! Là, déjà, sur ce point, j’insiste vraiment sur le fait que ce « Your Name » est juste magnifique formellement. Ah mais que c’est beau ! Que c’est bossé ! Chaque plan est un régal de composition, de couleurs, d’usage de techniques très diversifiées. Rien que pour ça, chapeau ! Et même doublement chapeau, parce que ce travail minutieux est aussi présent dans l'écriture globale du film ! Cette histoire d’échange d’identité interpelle forcément. Elle stimule l’imagination, et ce « Your Name » sait satisfaire les attentes, en embrayant rapidement sur les mécaniques relationnelles que ce type d’expérience implique. Alors j’avoue que les points que j’aurais aimé voir traités on été plutôt zappés par le film...

(Le film ne cesse de faire des allusions sur les débordements de Taki quand il est dans la peau de Mitsuha, mais au final on n’en verra et on en saura pas grand-chose. Même chose pour le rapport au corps. Même si je comprends la pudeur qu’impose la logique d’exploitation du film, je pense malgré tout que le film aurait pu aller plus loin sur cette question là…)

Pourtant, malgré l’évitement des thématiques qui m’auraient intéressé, je n’en ai pas pour autant décroché du film car, au moins, il avait quelque-chose à proposer en échange. Et puis « ouah ! » quoi. Alors que la mécanique marche bien, Makoto Shinkai prend le pari d’embrayer sur une péripétie très culottée, car elle modifie clairement l’atmosphère générale du film ainsi que notre perception de l’intrigue

(La chute de la comète et le décalage de trois ans soudainement annoncé entre les deux histoires, quand même, c’était couillu !)

Mais encore une fois, je trouve que l’opération est menée habilement et finalement, tout ça s’enchaîne logiquement, sans à coup, parvenant même par moment à générer un souffle assez puissant qui a failli m’emmener au firmament. Bah oui, « failli »… Parce que, et c’est presque dommage mais je trouve que, dans son succès, le film a malgré tout légèrement failli. Alors qu’il était pourtant parvenu à m’emmener bien haut, soudain le film se risque encore à un nouvel enfourchement scénaristique que, malheureusement, j’ai vécu comme une sorte de dérobade. Comme s’il avait voulu que ce ne soit pas trop mélancolique ; comme s’il avait maintenir un soupçon de kawaïtude, Shinkai repart dans son dernier tiers sur une histoire plus gentille et – je trouve – moins intéressante. Alors certes, on n’assiste pas non plus à une dégringolade qualitative par ce dernier tiers. Au contraire, parce qu’il n’en reste pas moins toujours audacieux dans ses choix (notamment formels) et nerveux dans ses enchaînements, ce « Your Name » tient sa route jusqu’au bout, concluant d’une manière originale et mignonne. Mais bon, c’est quand même juste dommage que cet élan si généreux n’ait pas été plus maîtrisé jusqu’au bout, parce que sinon, on aurait quand même eu à faire là à un véritable chef d’œuvre. Parce qu’au fond, je trouve quand même que l’intrigue s’égare un peu elle-même dans ses propres méandres. Certes, l’audace de ces nombreux changements d’orientation de l’histoire rend ce film incroyablement riche, original et osé, mais c’est aussi cela qui en fait aussi une œuvre un peu difforme dans son contenu et dans son propos. Au final, que voulait dire le film ? Bah un peu plein de trucs et au final pas grand-chose de bien clair.

(Ne serait-ce que le choix de « Your Name » en guise de titre est pour moi révélateur. Ce titre n’a de sens que pour cinq minutes d’intrigue, à la fin, vite fait, saupoudré à deux trois instants, mais il n’embrasse en rien l’entièreté de l’œuvre. Pour le coup, le titre fait un peu étiquette rajoutée à la fin, par-dessus, sans qu’il n’y ait vraiment de cohérence dans la logique de l’œuvre. C’est quand même un peu dommage ça…)

Enfin bon, au moins c’est enjôleur, nerveux, osé, généreux. Bref ça marche quoi… Enfin, au moins ça a marché sur moi. Et pas qu’un peu ! Maintenant, est-ce que ce film saura marcher sur vous ? Personnellement, je ne vois qu’un seul moyen de le savoir…

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