Au bout du compte, les émotions, ce sont tout ce qu’il nous reste

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Une station isolée au cœur des alpes suisses, là où le temps semble comme suspendu. Mais il ne l’est pas pour ses deux hommes qui arrivent justement en bout de course, et qui savent que, pour eux, le temps est compté. Quand les corps lâchent, que les esprits se délitent et que les souvenirs s’oublient, c’est l’occasion de faire le point. Que reste-t-il de leur vie, de leur carrière artistique ? Quand ils oublient eux-mêmes leurs souvenirs, que le monde ne retient qu’une faible partie de leurs œuvres, que leurs proches oublient ce qu’ils ont fait pour eux…
Que leur reste-t-il à faire ? L’un, compositeur, déclare ne plus rien avoir à faire avec la musique, mais une déclaration qui a plus à voir avec une profonde blessure qu’avec une lassitude artistique. Tandis que l’autre, réalisateur, veut terminer sur un dernier film, ultime testament de son œuvre. A moins qu’il ne soit déjà trop tard… Que leur reste-t-il quand l’avenir est derrière eux ? A part évoquer leurs problèmes de santé, où la question de savoir combien de goutes ont été pissé devient récurrente et un sujet banal.

D’autres êtres sont présents là aussi, dans l’espoir de trouver un nouveau sens à leur vie. Un acteur frustré par ses rôles, une ancienne gloire sportive, une miss universe qui veut donner un nouveau départ où elle ne sera pas connue que par ses formes avantageuses, un alpiniste lâché par son compagnon d’aventure… Des rencontres inattendues peuvent survenir, un artiste trouvant dans une jeune fille ou un petit garçon un fan inattendu qui aura su mieux que les autres les comprendre, une femme bafouée rencontrant un homme seul...
Et tandis que les corps âgés se traînent péniblement, d’autres dans l’énergie de la jeunesse ouvrent leur bras à l’univers, les sens ouverts au maximum, dans une communion purement émotionnelle, où exposent leur corps à la sublime beauté le plus naturellement du monde.

Panorama sur ces corps las et fatigués, où la chair devient flasque et se met à pendre. Jeux avec la déformation des corps dans l’eau où ils paraissent gonflés, en décalage avec la tête immergée, métaphore de la transformation du corps avec le temps.
Dans cet endroit hors de tout, c’est presque un autre monde qui s’agite. Des touches surréalistes, où les cloches des vaches jouent un opéra, un réalisateur voit rejouées à l’infini une multitude de scènes de ses films, et où un jeune moine parvient à léviter dans l’indifférence générale.

Michael Caine (Fred Ballinger, le compositeur), confondant de justesse et bouleversant de sentiments enfuis, ceux qu’il a toujours réprimés par la musique. Un torrent d’émotions qui sera à jamais insoupçonnée par sa fille, « les enfants ne sauront jamais ce qu’on vécut leurs parents ».

Dans une belle scène finale, où l’art nous rappelle sa capacité à nous toucher en profondeur, on se souvient d’une phrase lancée par l’un des deux hommes « au bout du compte, les émotions, ce sont tout ce qu’il nous reste ».

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