Une histoire du temps

Avis sur Youth

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Je me souviens que la première fois que j'ai vu Keitel 'vieux', c'est dans le film de Wes Anderson ; cela m'a fait un choc. J'imagine que ça ne s'est pas fait d'un coup, mais je n'ai pas vraiment suivi sa carrière, du coup je suis passé d'une gueule de quarantenaire voire cinquantenaire bien conservé à celle d'un papy. De quoi rappeler l’inéluctable travail du temps.

"Youth" ça parle un peu de ça, de la gestion du temps, de l'importance qu'on lui accorde à différents stades de notre vie. Un sujet un peu casse-gueule quand même. D'ailleurs, le film se casse la gueule.

La première moitié passe pourtant très bien. Comme de la crème. La structure est un peu chaotique, mais il se passe plein de choses, du coup, on reste bien accroché, surtout que le réalisateur use beaucoup d'humour et ce avec efficacité. La deuxième moitié passe nettement moins bien. C'est souvent ce qui arrive lorsqu'il n'y a pas vraiment d'objectif principal à atteindre. Il y a bien l'écriture de ce scénario à terminer, tout comme la quête d'un personnage du jeune acteur. Mais on sent bien que ce n'est pas l'important. Et c'est peut-être ça le problème. Si les objectifs à atteindre ne sont pas importants, que reste-t-il à raconter ? Le message. Sauf que passer deux heures sur un simple message, sans réelle évolution (enfin, évolutions il y a, mais elles ont toutes lieux au dernier moment et d'un coup, sans un réel travail de transformation), c'est un peu tourner autour du pot. Et à mon avis, l'auteur a dû le ressentir à un moment de son intrigue car son récit part vraiment dans tous les sens sur la fin, à tel point que ces maigres évolutions me paraissent plus comme un échappatoire narratif de dernière minute que le fruit d'une longue réflexion. La deuxième partie est également un peu moins drôle, même si l'on a droit à quelques scènes mémorables (le déguisement de Paul Dano a de quoi marquer).

La mise en scène est très classe grâce à un travail accompli sur l'esthétique ; ainsi donc, le film jouit d'une très belle photographie mais aussi de quelques idées sonores bienvenues. IL est des scènes qui semblent n'avoir été écrites que pour le plaisir de la mise en scène ; cela peut sembler lourd, mais les différentes hallucinations m'ont plu car il s'agit là de digressions au niveau du rythme seulement puisqu'au niveau de la narration, c'est très cohérent. Les acteurs sont très bons, peu importe que le récit batte de l'aile : chacun a droit à sa petite scène mémorable, parfois peut-être que le réalisateur les introduit de manière trop forcée, n'empêche que les interprétations sont toutes irréprochables. En plus, voir toutes ces belles femmes dénudées, moi ça me parle ! Mais pas que des femmes en fait. Le réalisateur se plaît à filmer les corps, d'ailleurs c'est dommage que ça n'entre pas davantage dans sa narration. Il dissémine aussi de belles images tout au long du film, des images qui peuvent susciter le dégoût ou le rire (le coup de la chanteuse qui ronge son os, par exemple). Par rapport au montage, je craignais quelque chose de très contemplatif, avec un rythme lent, de longs plans séquence immobiles ; que nenni, en fait le cut est plutôt incisif, c'est la narration qui est contemplative. Enfin, la BO est plutôt agréable à écouter, sans doute meilleure que le film lui-même.

Bref, "Youth" déçoit parce que le réalisateur perd son film en cours de route ; en même temps, un tel sujet et un tel traitement sont difficile à porter au cinéma, et même les plus grands n'ont parfois réussi ce genre de film que d'un cheveu.

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