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Yves Saint Laurent par Filmosaure

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Pierre Niney dévoile l’ampleur de son talent d’acteur dans une interprétation éblouissante du jeune créateur. Amours tumultueuses et défilés étourdissants rythment ce sombre et émouvant bal consacré à la genèse de la maison Yves Saint Laurent.

Disparu en 2008, l’impertinent artiste marque toujours les esprits ; en attestent les deux films en préparation inspirés de sa biographie. Bertrand Bonello, en charge du deuxième, intitulé Saint-Laurent, et surtout Gaspard Uriel qui en incarnera le personnage principal, auront fort à faire pour retenir l’affection du public après la sortie de cette tranche de vie signée Jalil Lespert.

Appuyé par Pierre Bergé en personne, Yves Saint Laurent relate les jeunes années de l’homme qui fut son amant, avec un passage par la Maison Dior dont il devenait le Directeur Artistique à 21 ans seulement, et les deux décennies qui suivent la création de sa propre maison de haute-couture. Choix politique ou respect de l’histoire : avant d’être la chronique d’une légende de la mode, Yves Saint Laurent est consacré à l’histoire de deux hommes, Yves et Pierre, qui se sont aimés et déchirés des décennies durant. Inséparables malgré les jalousies, tromperies et différences, l’homme d’affaire sérieux et l’artiste éthéré traceront leur idylle sans épargner leur entourage fluctuant.

C’est surtout grâce à un duo d’exception et à une direction d’acteurs remarquable que ce parti pris fonctionne : Guillaume Gallienne, consigné au rôle sans charme de Pierre Bergé, trouve difficilement l’occasion de briller, mais parvient à rendre touchant ce petit homme au physique ordinaire évoluant dans l’ombre d’Yves Saint Laurent. A l’inverse, Pierre Niney crève l’écran, possédé par la personnalité du créateur, de timidité maladive en colères destructrices, de dépression en euphorie sous substances, et toujours en adoptant le ton de voix et l’énonciation si caractéristiques qui lui étaient propres. On remarque également Charlotte Le Bon, délicieuse Victoire, muse et égérie du créatif insatiable, seule femme qu’il eût, selon lui, voulu épouser. A son opposé et quelques années plus tard, Betty Catroux portera les fameux tailleurs-pantalons symboliques de la libération de la femme des années 1960, et c’est Marie de Villepin qui l’incarne ici avec succès.

Presque dépeintes comme une descente aux enfers, les frasques d’Yves Saint Laurent s’habillent de choix musicaux pertinents et entraînants. Enchantés et émus, et bien que tout ce qui relève du personnage principal soit fidèlement dépeint, on en vient à regretter un manque de curiosité vis-à-vis de l’industrie de la mode, des maisons concurrentes, et de la révolution vestimentaire amorcée grâce à l’impertinence des créations YSL.

Malgré une intensité dramatique parfois poussée trop loin, Yves Saint Laurent dessine un portrait troublant des deux hommes à la tête de la maison de couture qui a donné le pouvoir aux femmes. Un fascinant hommage à l’élégance et à l’extravagance.

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