La quête de sens à travers la traque du Zodiac.

Avis sur Zodiac

Avatar Paul Staes
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Le phénomène des tueurs en série a cela de problématique qu'il en dit plus sur la société dans laquelle il apparaît que sur les tueurs en série en eux-mêmes, qui s'ils n'existent d'ailleurs parfois pas, sont bien souvent, au-delà des réalités criminologiques (car les tueurs en série existent) le miroir des fantasmes des opinions publics. Si les premiers types de tueurs en série sont nés dans des sociétés protestantes anglo-saxonnes, dans lesquelles l'enfermement, la solitude et la marginalisation d'hommes seuls est une réalité massive, ils ne se sont que très peu répandus ailleurs dans le monde. Ce n'est donc pas anodin si le célébrissime tueur en série dit le Zodiac apparaît en Californie dans les années 70, pendant la crise de conscience américaine, et qu'il représente, tant par ses obsessions, par ses prétendues origines ou sa façon d'opérer, au symbole même de l'homme moyen américain tourmenté : militaire, misogyne et armé. Cependant, il convient de ne pas s'y tromper : Zodiac est un film qui, bien qu'il retrace la traque du tueur en série, n'est pas réellement un film sur le Zodiac, mais sur ce qui a autour. C'est un film qui se focalise sur le sacrifice de la vie des policiers et des journalistes qui ont bien voué leurs vies pour découvrir la véritable identité du psychopathe, pour réussir finalement à trouver un nom, que les analyses ADN postérieures au film ont récemment montré qu'il n'était pas le bon. Mais cela, qu'importe, puisque le film est finalement la peinture d'une quête éperdue d'un sens, la volonté d'hommes vides de trouver dans le marasme de leur vie quotidienne et précaire une forme d'éclair, d'exaltation et de vérité. Zodiac touche à la fois au mal-être de l'homme qui tue, à sa violence, son cynisme, sa cruauté, mais effleure aussi le malaise de ceux qui le recherchent. En cela, c'est un film très réussi et très profond, d'autant plus que sa conclusion finale ouvre plus de portes qu'il n'y paraît.

Zodiac de David Fincher tranche par une certaine pureté lumineuse, contrastant avec la violence effroyable de certaines scènes, confinant même parfois à quelque chose de très grotesque, et même burlesque. Certaines scènes transpirent une forme de cynisme et de grand-guignolesque, ce qui réjouit tout en effrayant un peu. Globalement, le film est de bonne qualité, bien qu'un peu long avec un jeu d'acteurs pas toujours très bien mis au point. Un grand réalisme transparaît de l'écran, agaçant quand il s'agit d'observer l'effroyable nullité des journalistes, et terrifiant quand il montre les choses dans une crudité glaçante. Le film réussit également le tour de force de contaminer la vraie vie, et de la rendre presque aussi ignoble et inquiétante que les moments de tuerie. Le tueur en série générique, dont on ne sait s'il est la même personne, tant il est banal et lambda dans sa manière d'être, étouffe le spectateur, et avec lui l'ensemble des scènes de film, même quand elles montrent la routine américaine classique. Ainsi, le Zodiac n'est plus seulement l'assassin tapi dans l'ombre, mais la société toute entière, la civilisation au grand complet, l'ensemble des Etats-Unis. Le Zodiac n'est plus vraiment représenté comme une cause, mais comme un symptôme, comme un dommage collatéral, presque égal en folie par rapport aux enquêteurs, journalistes et personnes obsédées par lui. Finalement, comme beaucoup d'oeuvres américaines, et c'est ce qui font leur génie, elles semblent toujours vouloir répondre à une question métaphysique et obsessionnelle : tout cela a-t-il un sens?

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