Chienne de nuit

Avis sur Zoo Zero

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Zoo Zéro ou la petite musique d'ennui...

Alain Fleischer ose et propose à tous les étages, fou de croire à un tel projet de cinéma foutraque. En quelques mots : un vaste récit erratique concernant une foule d'animaux pullulant par-delà les rues parisiennes, une ambiance intégralement nocturne façon amerloque, la crème de la crème de l'actorat seventies à la mode underground ( Klaus Kinski et Pierre Clémenti, entre autres...), le génial Bruno Nuytten à la photographie ( avec filtres bleus de rigueur, cadrages hors-paire et patin-couffin...) une assistante de grand talent ( Claire Denis oblige ) et Mozart ici et là, quelque part entre les grilles d'un zoo halluciné et joliment surréaliste...

L'audace est là, constante, et le film de Fleischer et son équipe excite énormément sur le papier et en amont de la projection... et là hélas il déçoit fortement, perdant en intérêt et en efficacité que qu'il gagnait en expérimentation en tous genres. Les beaux plans le sont, la belle nuit américaine ad hoc au concept, les références assumées ( la théâtralité et les codes scéniques du marginal Werner Schroeter viennent beaucoup à l'esprit au regard de Zoo Zéro ) mais là où le bât blesse réside dans la quasi-absence de rythme dudit pot-aux-roses... Esthétique en diable et sciemment hasardeux dans ses trouvailles souvent proches du bricolage ce conte de cinéphile illuminé transpire le désir de filmer mais réserve un ennui carabiné, de celui qui réapprend à vivre et qui redonne du plomb dans la cervelle. Bon.

Si les premières 80 minutes pataugent entre une diction souvent insupportable, une redondance visuelle suscitant l'envie d'aller s'enterrer en Corrèze et des fixettes façon "le-bleu-est-une-couleur-chaude" le dernier quart d'heure réussit de manière totalement inespéré à nous extirper du pensum général : et oui, chose heureuse, Mozart était là, entre deux bandes magnétiques mal taillées, parmi les singes pyromanes et les individus ventriloques, à nous seriner sa Flûte Enchantée comme lui seul sait si bien la jouer. Un objet unique, très déconcertant et pratiquement punitif mais d'une rare résonance cinématographique. Un paradoxe, et pas qu'un peu !

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