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Buddy double
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le 25 févr. 2025
Les relations familiales compliquées sont décidemment un sujet central pour Jesse Eisenberg. Son premier film, Quand tu auras fini de sauver le monde (qui avait fait l’ouverture de la Semaine de la Critique en 2022, mais qui était sorti en France en catimini, directement en VoD) explorait déjà les relations tendues et éloignées d’une mère, Evelyn, et son fils Ziggy. Pour son second film en tant que réalisateur, l’acteur bien connu (The Social Network, Vivarium, Café Society, …) s’attaque cette fois-ci à faire le portrait du lien entre deux cousins qui s’étaient perdus de vue et qui se retrouvent à la suite de la mort de leur grand-mère.
Très proches dans leur enfance, David et Benji se sont éloignés l’un de l’autre au passage à l’âge adulte, l’un persévérant dans une belle carrière rangée, formant une famille – son fils dans le film est d’ailleurs sont vrai fils à la vie : Banner Eisenberg – tandis que l’autre n’arrive pas vraiment à s’intégrer en société et vit en marginal.
Ces deux personnages que tout oppose, l’éternel stressé de la vie David et Benji au bagou charismatique, tentent de renouer le dialogue au cours d’un voyage organisé en Pologne, sur les traces de leur grand-mère juive. Leur idée est de suivre un guide sur plusieurs jours pour découvrir le pays, de terminer par la visite d’un camp de concentration, avant de se rendre sur le lieu où vivait leur grand-mère (une petite maison qui était réellement habitée par les ancêtres de Jesse Eisenberg, dans le village de Kranystaw : quand je vous dis que tout est histoire de famille !).
C’est donc sous l’angle du road trip que Jesse va cette fois-ci s’intéresser à son identité familiale judaïque. Le réalisateur déclare d’ailleurs que « Si la guerre n'avait pas eu lieu, c'est peut-être ici que je vivrais. À quoi ressemblerait ma vie ? Qui serais-je ? ».
Ce n’était pas le cas dans son premier film, mais Jesse Eisenberg choisit pour son second long métrage d’endosser la double casquette d’acteur-réalisateur. Son jeu est une nouvelle fois impeccable : on pourrait dire qu’il a un don pour jouer le jeune homme coincé et discret !
Face a lui, l’acteur désormais oscarisé Kieran Culkin se lâche complètement, dans un rôle qui met particulièrement mal à l’aise les autres protagonistes, autant que le spectateur. Avec insouciance, Benji fait voler tous les tabous de la société. Il met les pieds dans le plat, fait fi de la bienséance en disant ce qu’il pense, et donne son avis sans prendre de pincettes. Mais toujours avec le sourire, si bien que son entourage lui pardonne volontiers ses écarts et se prend d’affection pour ce jeune homme vraisemblablement mal dans sa peau.
C’est au cours d’un voyage en Pologne avec sa femme Anna que l’envie d’un projet autour de cette histoire nait. Ce projet, c’est d’abord sous forme d’une pièce de théâtre, The Revisionist, qu’il se concrétise (Jesse y incarne également un personnage nommé David, mais le scénario est totalement différent). La pièce connaît un succès outre-Atlantique mais les tentatives d’adaptation au cinéma échouent. C’est en couplant ce projet de film en Pologne avec une nouvelle écrite par Eisenberg pour le magazine Tablet (l’histoire de deux copains qui partent en Mongolie) que le scénario de A Real Pain voit finalement le jour.
Bien que traitant de manière sous-jacente les questions de l’Holocauste, le long métrage n’est pas du tout plombant : à l'incontournable côté dramatique s’ajoute une touche parfaitement dosée d’humour, grâce au personnage de Benji notamment. Des comiques de situation dû à son caractère alternent avec des moments plus profonds, à l'image de cette scène au cimetière juif. En interview, Jesse raconte d’ailleurs être tombé sur une publicité « fortuite et déprimante » qui proposait des « visites de l’Holocauste (avec déjeuner inclus) ». Cette petite phrase représente à mon sens parfaitement la tonalité versatile du film, toujours sur le fil, jamais lourd, mais jamais lourdaud non plus. Drôle mais touchant.
J’ai été étonné du succès du film en cette saison des récompenses : Golden Globes du second rôle pour Kieran Culkin (et 4 nominations), 2 BAFTA dont Meilleur scénario original, Oscars 2025 du Meilleur second rôle. Le côté Buddy movie est effectivement plaisant et le jeu d’acteurs est particulièrement juste, mais la réalisation reste somme toute très classique.
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le 13 mars 2025
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