Cinéaste du comique, Chaplin contemporain, artiste à part entière, Woody Allen possède néanmoins l’étrange particularité de ne pas dévoiler clairement ses positions politiques. Pacifiste dans Guerre et amour, c’est là sans doute le seul point de vue politique nettement identifiable chez le névrosé Allen. Dans Bananas, son 2e long métrage, le cinéaste aborde pourtant de manière explicite le conflit américano-cubain. Américain couard et amoureux transi, son personnage se retrouve, par un enchaînement de circonstances farfelues, président d’un pays sud-américain imaginaire. Grimé en Fidel Castro lors d’une séquence, Allen propose aux États-Unis et au monde une vision légère du conflit, comme Chaplin en son temps avec Le Dictateur.
Rempli de trouvailles comiques, Bananas marque la transition entre le faux documentaire ironique inauguré par Prends l'oseille... et tire-toi et le comique perpétuel revendiqué dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe... sans jamais oser le demander. Certains gags mémorables (la scène du métro ou celle du procès) ont marqué les aficionados des débuts allenien et introduisent déjà l’agitation nerveuse caractéristique de Woody Allen.
Œuvre potache des débuts du cinéaste new-yorkais, Bananas emprunte aussi, à la manière de Chaplin, une forme de poésie qui s’immisce dans les folies burlesques. Cette intrusion poétique, doublée d’une singularité politique, confère au film un lyrisme léger et tendre, qu’Allen prend soin d’ironiser dès qu’il le peut. In fine, Bananas, merveille ironique du cinéma allenien, possède à la fois une tonalité politique et un charme poétique subtilement dissimulés sous ses apparats humoristiques.