On aurait légitimement pu craindre le pire. La blaxploitation qui met en boite un cousin black de Dracula, franchement, sur le papier, ça fait peur. On se voyait déjà devant un nanar de première catégorie. Et puis, très vite, nous revoilà remis à notre place. De toute évidence, scénaristes et réalisateur (lequel s’est attelé à d’autres transpositions comme celle du docteur Jekyll) connaissent leurs classiques et, notamment, les productions de la Hammer. De fait, on se trouve face à une simple transposition black de ce qu’aurait pu nous proposer la firme britannique. Cela se tient d’autant mieux que, dans les années 1970, en bout de course, la Hammer, qui exploitait encore le filon, tentait de moderniser le mythe. Cette proposition black peut se voir comme une variation de cette démarche avec tous les habituels éléments du genre : le vampire maudit amoureux transi mais qui cause de sacrés dégâts sur sa route, la chauve-souris, les morts-vivants, etc.
Le résultat est kitsch, bien sûr, mais les derniers films de la Hammer ne le sont-ils pas ? Et sont-ils tous mauvais pour autant ? Certainement pas. Et donc, surprise, ce Blacula se tient tout à fait. D’abord parce qu’il ne trahit pas Bram Stocker avec son histoire d’amour par-delà les siècles. Ensuite parce que le récit est bien conduit avec un docteur convaincant qui mène l’enquête, des scènes d’attaque régulières et un final tout en douceur qui évite une escalade gore qui était vouée à l’échec. Par ailleurs, les maquillages, qui sont ce qu’ils sont pour l’époque et le budget, fonctionnent plutôt bien. Enfin, et presque surtout, parce que l’imposante carcasse de William Marshall fait de lui un Blacula charismatique et très convaincant. L’interprétation générale, globalement de qualité, enfonce le pieu, enfin le clou.
Parfaitement dans le ton avec quelques petites scènes de terreur efficaces, le film est donc loin d’être le nanar qu’on pouvait presque s’attendre à voir. On a, au contraire, un film rythmé, respectueux du cahier des charges propre au genre, qui offre un spectacle très sympathique. Ce véritable cousin germain de la Hammer offre même un titre plus méritant que certains de la firme anglaise. Ce n’est évidemment pas du grand cinéma, mais c’est diablement divertissant.