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South side story
Dans la petite communauté de New Iberia, dans le sud de la Louisiane, le cadavre atrocement mutilé d’une jeune femme est retrouvée. L’inspecteur Dave Robicheaux, en menant l’enquête, arrête pour...
le 19 oct. 2016
Dans la Louisiane post Katrina sont découverts plusieurs cadavres de jeunes femmes assassinées après avoir été violées et torturées.Dave Robicheaux,lieutenant de police vieillissant et alcoolo,est chargé de l'enquête et ne tarde pas à faire le lien avec une affaire non résolue dont il avait été témoin 35 ans plus tôt.Il se met à avoir des visions et à parler avec un général sudiste mort pendant la Guerre de Sécession,tandis que s'accumulent les suspects avec un acteur poivrot qui tourne dans le coin,un ami d'enfance devenu gangster ou un riche industriel local.Bertrand Tavernier ,ici réalisateur et coproducteur avec sa société Little Bear Production, accomplissait enfin avec ce film son vieux rêve de cinéma américain.Certes il avait fait en 83 "Mississippi Blues",mais c'était un documentaire et une coréal avec Robert Parrish.Echec public et critique,"Dans la brume" sera sa seule tentative Outre-Atlantique.Il est vrai que si ça n'est pas vraiment mauvais,ce n'est pas non plus une franche réussite.Tavernier était fan de ciné US,mais il était trop français pour le pratiquer.Son approche du métier,totalement européenne,était trop réflexive et intello pour s'adapter à une industrie ricaine plus axée sur la vitesse et le premier degré.Quand Luc Besson fera "Léon",ça fonctionnera très bien car le gars était de la génération suivante et avait intégré très jeune les codes étasuniens.D'où cette oeuvre hybride carburant au courant alternatif et pataugeant dans un mysticisme et un fantastique se mariant mal avec la nature policière du projet.Il faut aussi avouer que le choix de s'inspirer d'un roman de James Lee Burke,dont le titre complet est "Dans la brume électrique avec les morts confédérés",n'était pas l'idée du siècle,même si bien sûr Tavernier y a vu une proximité avec ses goûts littéraires et cérébraux.Burke a écrit toute une série de bouquins,24 entre 1987 et 2024,narrant les aventures de Robicheaux,flic atypique en perpétuel questionnement intime et luttant contre son addiction au jaja et ses traumatismes vietnamiens.Mais ces livres ne sont pas très cinégéniques,et ce qui passe bien à la lecture devient moins captivant à l'écran.D'ailleurs les Robicheaux n'ont fait l'objet que de deux adaptations ciné,la première étant le "Vengeance froide" de Phil Joanou,sorti en 96 sans plus de succès et avec Alec Baldwin dans le rôle principal,un film pas mal pourtant.Ce nouvel essai ne manque pas de qualités plastiques,Tavernier sait placer ses caméras et composer de très beaux plans immersifs d'une nature luxuriante,des bayous angoissants aux maisons dévastées par l'ouragan Katrina survenu en 2005,des orages tropicaux aux rivières imprévisibles,avec une sublime photo très travaillée du Français Bruno de Keyzer,soutenue par une formidable musique stressante de Marco Beltrami.Une étrange atmosphère propice au développement d'un thriller tordu est ainsi installée,hélas Tavernier en fait trop et se complait dans une lenteur et une contemplativité excessives.Si encore ça avançait entre deux sit-in picturaux ça pourrait aller,mais le scénario de Jerzy Kromolowski et Mary Olson reste très fidèle au roman et peine à animer une intrigue prometteuse qui se dilue rapidement au fil d'interrogatoires qui n'en sont pas,de scènes inutiles impliquant une équipe de tournage d'un film et d'échappées surnaturelles à base de fantômes confédérés qui arrivent là comme des cheveux sur la soupe de crocodiles.Robicheaux va voir des personnes possiblement impliquées dans l'affaire,mais il ne leur demande quasiment rien et ils lui en répondent encore moins,ce qui n'empêche pas le flic d'avoir l'air satisfait de ces échanges et de sembler en déduire des éléments utiles à l'enquête.Parallèlement,il sympathise avec un comédien vedette alcoolique comme lui,et qui voit comme lui des soldats morts, qu'il entreprend de désintoxiquer.Et puis il tape la discute avec un général sécessionniste,ce qui donne lieu à des conversations philosophiques oiseuses pleines de grandiloquence ridicule.Des flambées de violence surgissent à l'improviste et réveillent quelque peu la narration,mais dans l'ensemble ça comate bien.Même la découverte du coupable se fera de manière molle,sans parler de son élimination en conclusion d'une des scènes d'assaut les plus filandreuses et bâclées de l'Histoire du Cinéma.C'est Tommy Lee Jones qui tient le rôle principal,et son allure antipathique n'améliore pas un personnage déjà peu amène vu que Robicheaux est un redresseur de torts au petit pied et un moraliste qui perd facilement ses nerfs et n'hésite pas à abuser de son pouvoir pour se livrer à des violences dépassant le cadre de la légalité,ceci sans que sa hiérarchie ne réagisse le moins du monde.En outre l'acteur ne s'est pas entendu avec Tavernier et a fait sa diva,ce qui n'a pas facilité les rapports sur le plateau.Il est entouré d'une distribution plus ou moins inspirée.Mary Steenburgen joue sa femme de façon peu expressive,alors que Peter Sarsgaard et Kelly Macdonald manquent sérieusement de charisme pour convaincre en mégastars de cinéma.John Goodman fait le show en truand cinglé et grande gueule,alors que Ned Beatty est très bien en huile locale pas nette.Belle prestation de Pruitt Taylor Vince en flic obèse et déprimé,tandis que Justina Machado est transparente en agent du FBI.Le réalisateur du film dans le film est incarné par....un cinéaste,John Sayles en l'occurrence,tout comme le chanteur et musicien copain de Robicheaux a les traits du chanteur et musicien noir Buddy Guy,qui interprète de formidables morceaux de blues.Le film évoque d'ailleurs en demie-teinte cette culture du Sud où les ombres de l'esclavage et des mauvais traitements infligés aux noirs planent encore,et où beaucoup d'habitants,comme Robicheaux,portent des noms français vu que ce sont des Cajuns,ces descendants de Français déportés en Amérique aux 18ème et 19ème siècles,qu'on appelait à l'origine les Acadiens,ceux-là même dont parle Fugain dans sa chanson.Notes et critiques de films de Bertrand Tavernier publiées précédemment:"Quai d'Orsay"-7,"Capitaine Conan"-8,"Coup de torchon"-9,"Que la fête commence..."-10.Moyenne:7,8.
Créée
le 3 sept. 2025
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