Le chevalier errant est incarné par le chanteur d'opéra Fedor Chaliapine, lequel impose sa silhouette d'escogriffe comme une référence définitive du personnage de Don Quichotte, comme si la postérité avait adopté très précisément sa physionomie. Il chante aussi, mais ce n'est pas la meilleure part d'un film qui, déjà, n'est pas très entrainant.
Sur un scénario de Paul Morand, Pabst tourne une adaptation illustrative et impersonnelle. Il met en scène, dans un récit qui n'a pas le souffle de l'aventure ni de l'épopée, les anecdotes les plus connues dont le chevalier à la triste figure est le héros. C'est un concentré ou un abrégé de Cervantes dans des décors et des costumes au demeurant soignés.
Le film n'est pas déplaisant mais il peine à être drôle dans la démonstration des hallucinations et confusions de Don Quichotte, ou touchant, suivant un dénouement amer où le cinéaste suggère la noble extravagance, l'esprit romanesque annihilés du héros. A ses côtés, Sancho Panza incarne une truculence populaire qui fait parfois mouche. Les autres personnages existent à peine.
En résumé, le film ressuscite des souvenirs de lecture mais pas le plaisir de la lecture.